Mots d'ici

26 octobre 2020

Loups

                                                                    Loups

                    Je l'écris au pluriel. Un loup tout seul ça ne fait peur à personne. Les loups sont de retour dans le Mercantour, ça agite le Landernau bien au delà, comme si on n'avait rien de plus sérieux à se mettre sous dent. La polémique, une passion bien française surtout quand elle ne sert à rien. Quatre cents bestioles dans les montagnes. On ne les voit jamais tant elles sont farouches et on fait tout un ramdam. Il faut reconnaître qu'au petit matin le berger trouve parfois un cadavre de brebis à moitié dévoré au milieu du troupeau. Il a beau être indemnisé c'est insupportable. Bon! Si un coup de fusil part tout seul qui leur en voudra ?

                    Bien entendu ce n'est pas si facile. L'animal est rusé et ne se laisse pas prendre, même pas en photo. J'en ai croisé un  il y a quelques mois au crépuscule, entre chien et loup si vous voulez. Le temps d'identifier la belle fourrure grise et Pfuitt. Disparu! Intelligent il a compris qu'il est préférable de ne pas se faire remarquer. C'est vrai, autrefois les bergers étaient bien plus tranquilles. Ils pouvaient lâcher leurs bêtes en pleine montagne et dormir en paix. Rien à gérer que des chiens errants a demi sauvages qui boulottaiant leurs brebis. Mais les chiens ils les supportaient. Allez donc savoir pourquoi?

                   Si quelqu'un parvient à m'expliquer pourquoi les loups font bon ménage avec les bergers dans les Dolomites et provoquent des émeutes dans le Mercantour il aura ma gratitude. Ben quoi, les loups c'est de là qu'ils viennent. Personne en leur a expliqué qu'il ne faut pas passer la frontière. Le pire c'est qu'une bonne partie des habitants croit dur comme fer qu'on les a importés, rien que pour les embêter. Qu'est ce qu'ils imaginent? Que la préfecture paie des fonctionnaires pour faire passer des loups la nuit, sur les chemins tracés pendant la guerre pour fuir les nazis mais dans le sens contraire? On dirait un concours pour la prime aux cons.

                    Parce que des loups bien plus malfaisants que les bêtes du Mercantour j'en connais, et beaucoup. Rappelez vous la chanson sur l'invasion de Paris par Serge Reggiani. Les loups dont il parlait portaient l'uniforme et des fusils. Ils n'aimaient ni les gens ni la démocratie. Les fusillés du Mont Valérien en savent quelque chose. S'il nous faut craindre la sauvagerie c'est que cette sorte de loup ait des adeptes parmi nous. En cherchant bien ils seront faciles à reconnaître, beaucoup moins à éradiquer.

                    Quant-aux bestioles du Mercantour par pitié laissez les! Sans doute faudrait-il contenir la croissance des meutes comme celle de n'importe quelle espèce. Et alors! Nul ne recense les dégâts des chevreuils introduits sans autre nécessité que le plaisir de les chasser sur nos forêts, le ratissage des sols par des sangliers croisés de cochon en surnombre n'émeut plus personne, à peine si on se préoccupe de la dégénérescence des populations d'animaux alpestres, bouquetins, chamois ou chèvres sauvages qui peinent à se nourrir sur des espaces de plus en plus restreints par l'homme. Quatre cents loups ce n'est pas vraiment une affaire quand les bergers sont indemnisés.

                   Lundi, il y a quelques jours, une horde de sangliers se baladait sur l'autoroute au dessus de Monaco. Il a fallu arrêter la circulation de dizaines de milliers d'automobilistes pendant plusieurs heures. Nul n'en a calculé le coût en temps de travail perdu ou en essence gaspillée. Parions qu'il y aurait là de quoi indemniser un bon nombre de moutons égorgés.

                       On ne va pas en faire une histoire, quoi! Il n'y a qu'à expliquer aux sangliers que ce n'est pas bien de monter sur l'autoroute en bande organisée... C'était juste de quoi jaser.

 

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20 octobre 2020

Emrinian

                                                                    Emrinian

                    Lorsque j'ai connu Jackie Emrinian elle était employée d'accueil dans une agence de notre entreprise. Un petit bout de femme à l'oeil vif, le teint bistre hérité de son peuple d'Europe centrale confirmait les origines de son nom, l'Arménie. Clients ou responsables hiérarchiques recevaient d'elle comme en cadeau le même bouquet de bonne humeur, elle souriait toujours aux visiteurs. Pendant plus de dix ans de collaboration je ne me souviens pas d'avoir vu Jackie en colère une seule fois.  

                   Sa famille était de Marseille. Il faut dire que les Arméniens et Marseille c'est une véritable histoire d'amour. Ils ont pris racine sur ces collines depuis la génération du génocide et s'en portent fort bien. Si bien qu'ils ont monopolisé dans le cimetière près de ma maison un carré de terre où ils se retrouvent entre eux. Je le note avec curiosité à chacun de mes passages, à mon avis une façon pacifique et légitime de se rapprocher après l'exil, de contrarier le drame dont ils ont été victimes. 

                    Pourquoi réveiller ce douloureux passé ? Près d'un siècle s'est écoulé depuis que les grands-parents de Jackie on été chassés de leur pays par la force. Malgré le refus de leurs auteurs de reconnaître les faits, on pouvait croire cette guerre finie. Hélas! Le haut Karabakh vous connaissez ? Le genre de région dont on ignore la géographie même s'il peut arriver qu'on tombe au hasard sur ce nom en se promenant dans la cartographie des confins de l'Europe. En plein Caucase la guerre vient de reprendre sur ce mince territoire où deux peuples proches devraient n'avoir rien d'autre à faire que s'entendre. On croit rêver. A croire qu'il n'ont rien appris de deux guerres mondiales et d'un siècle de conflits frontaliers sans issue. Après les Balkans, les Tatars : bienvenue au Moyen âge! 

                     Il faut croire que le malheur atteint toujours les mêmes. Jackie Emrinian faisait partie des salariés fondateurs de l'entreprise dans laquelle j'ai eu l'honneur de la croiser. Célibataire elle oeuvra avec force et fidélité à la réussite de notre activité. Responsable de son travail je respectais sa personne et son histoire, j'appréciais l'égalité de son caractère et sa bonne humeur. Quand elle prit sa retraite un signe de reconnaissance à la hauteur de l'engagement d'une vie aurait été bienvenu. J'en avisai mon directeur de région dont je requis la présence à la réunion que j'organisai. Malgré mon insistance le bougre trop bien payé dont c'était le devoir ne condescendit pas à nous rejoindre. Avec le temps le rôle éminent de Jackie avait été oublié. Furieux, je me souviens d'avoir contraint cet individu désinvolte à s'excuser et lui rendre hommage par téléphone. C'est tout ce que j'ai pu faire, je le regrette encore. La guerre inepte du haut-Karabakh arménien a fait remonter ce souvenir amer.

                      Après cet épisode je n'ai pas revu Jackie. Elle disparut en quelques semaines des suites d'une longue maladie. Je persiste à penser que le destin frappe souvent aux mêmes portes, en l'occurence la rage de l'impuissance pour moi, le chagrin fatal pour cette femme fille de l'exil.

                    S'il est encore temps je saisis l'opportunité. Pour le travail accompli au nom du passé partagé j''ose prononcer les mots de la mémoire. Jackie Emrinian. Estime et respect !                 

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02 octobre 2020

Buse

                                                                   Buse

                    C'était au printemps. Deux grands oiseaux ont soudain dépassé la cime des arbres au dessus de la maison, tournant sur eux mêmes dans le bleu de l'air. J'ai levé la tête. Un couple de buses ai-je pensé, un des parents apprend à son jeune à voler. Elles avaient dû nicher vers la crête, invisibles dans les falaises et planaient maintenant d'une aile sur l'autre à l'assaut du ciel. La bonne saison pour s'envoler à la découverte d'un nouveau domaine. Un spectacle rare si près de la ville, sans un cri, sans un appel. Je me demandai quel lien intime unissait les deux bêtes pour s'élever ainsi si proches, en se laissant porter à tour de rôle par les mêmes courants, sans une seule erreur de trajectoire.

                    Pour ceux d'entre nous qui n'ont jamais approché cet oiseau ou seulement entr'aperçu sa sihouettte hiératiquement posée sur le grillage de l'autoroute qu'ils sachent que l'animal vaut la peine d'être observé de près, qu'il est doté d'un beau plumage gris cendré, parsemé de blanc, matiné de plumes brunes et rousses vers le col. La buse a mauvaise réputation, dommage! Autrefois redoutée des cours de ferme pour voler les poules, elle fait maintenant son affaire des déchets urbains ou routiers abandonnés sur l'itinéraire de nos vacances. On les préférait dans l'espace, l'oeil perçant à l'affut des musaraignes et des lézards, mais comment en vouloir aux animaux sauvages de s'approprier les marges de nos villes. Nous leur laissons si peu d'espace. Une question de survie.

                  Certes, si l'espèce n'est pas menacée de disparition, son image reste toutefois négative. Encore une fois l'homme est responsable des attributs excessifs qu'on utilise avec ce mot. Traiter de buse une personne honnie fut un d'usage masculin courant auquel les intéressées pourraient répondre en qualifiant leurs auteurs d'abrutis, un retour équitable. Quant à notre bel oiseau il est facile de lui rendre justice. Un simple détour par le dictionnaire nous apprend que son nom est inspiré du cri rauque qu'il pousse parfois dans le ciel.

                  Concernant les gens l'affaire sera moins aisée. Au spectacle récent des échanges des candidats au poste suprême de la ville de Paris je n'ai pu m'empêcher de penser à une sorte d' "Assemblée des buses". Un peu comme si certaines des postulantes avaient voulu rejouer l"Assemblée des femmes" d' Aristophane vingt cinq siècle après le célèbre auteur athénien. Comme au théâtre on y allait allègrement. De mensonges en reniements, de forfanteries en propositions farfelues rien n'aura été épargné aux électeurs de la capitale. Pour être honnête ajoutons que certains candidats hommes n'étaient pas en reste, jusqu'au nombril et en dessous.

                     Le hic c'est qu'Aristophane en écrivant sa comédie voulait dénoncer la  faillite de la gouvernance d'Athénes, la ruine qui menaçait son économie, ses défaites dans le Péloponnèse, pour finir le déclin de la démocratie. Il avait vu juste, la dictature qui menaçait les Athéniens ne tarda pas à s'installer en même temps que la décadence de la cité. Un sort identique menace les nations en perdition. Espérons qu'il échappe à la nôtre. Les buses du gotha parisien sont prévenues. Il leur serait utile de relire "l'Assemblée des femmes". Avertissement sans frais aux aspirants du pouvoir. Merci Aristophane! 

                     

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24 septembre 2020

Intello

                                                                    Intello

                     Toute sa vie elle aura refusé qu'on la traite ainsi. La belle Juliette Gréco vient de disparaître, ceux qui l'aimaient en sont tout penauds. Le qualificatif est pourtant honorable, en tout cas il fut à la mode dans les années cinquante, justement quand Juliette berça la France blessée d'après guerre avec ses chansons. Symbole de la rive gauche elle fréquenta le Tabou, Miles Davis et Boris Vian, connut Sartre, Simone de Beauvoir et refusa toujours malgré tout d'être considérée comme une icône de la raison. Sartre qu'elle adorait ne s'en privait pas, lui. Il finit en col Mao et Les Mains Sales, ignorant les millions de morts de la révolution culturelle. Heureusement il y eut la Beauvoir et son splendide Deuxième Sexe pour rattraper le coup.

                      Sur les boulevards on jouait J'irai cracher sur vos tombes. Je me souviens encore de l'ambiance de violence sensuelle de l'affiche. Boris dit-on rédigea le texte la nuit en 15 jours d'insomnie. Qui dit mieux ? Car c'était ça Juliette et sa bande du quartier latin : naturel et simplicité, l'époque avait de la classe et cette artiste sincère la faisait la classe. Ah, L'air du temps ! La longue robe noire solitaire sur la scène des cabarets de poche, même à mi-voix on comprenait chaque mot de la chanson. L'habitude en a été perdue. Maintenant pour être entendu on hurle on crie, on machouille des syllabes inaudibles, pour finir on chante en anglais. La communication n'est pas dans le texte mais dans la communion. Dans les cabarets on était vingt, aujourd'hui en dessous de vingt mille  dans un stade le producteur annule le spectacle. Drôle de religion.

                       Parce que la chanson est devenue une sorte de religion. Comme l'opium du peuple ne fait plus recette il a fallu abreuver les foules grâce à des confessions de substitution. Si on en juge par les heures d'audience télé, le football tient la corde avec the Voice. Juliette, elle, avait une voix, tout simplement. Et qu'on ne me parle pas de la nostalgie de Saint Germain des Prés. L'air respiré sur la Seine dans l'île du Vert Galant ou près de Saint Sulpice n'a rien de comparable avec l'ambiance des fumées du périph. C'est toute autre chose. Choisissez qui vous voudrez !

                      Un journal du soir a eu l'heureuse idée d'annoncer le départ de Juliette comme celui d'une  femme en liberté. C'est bien le principal message laissé par notre égérie qui refusa toujours les apparences d'être considérée comme telle. Libre, elle fut en tête quand elle tomba aux mains de la Gestapo avec sa mère. Battue, finalement relâchée pour sa jeunesse, elle monta sur scène, séduisit le monde grâce à son timbre chaleureux et choisit d'interpréter ce qu'elle aimait, jamais rien d'autre. La quête de la liberté de rester soi Juliette la mit en pratique bien avant le mouvement "me too", moi aussi. Elle nous accompagna toute une moitié de siècle en gardant la fraîcheur d'esprit de la jeune fille adorée du public qu'elle fut, toujours fidèle jusquau début du millénaire.   

                   Si proche, si vraie, voilà  pourqoi nous l'aimions. En ce temps là on parlait d'amour. Depuis à la FNAC et ailleurs Houellebecq et consorts décrivent des partouzes dans leurs bouquins. Les choses de la vie ont bien changé. 

                       "Si tu t'imagines, fillette, fillette,                                                                                                                                                      qu'ça va, qu'ça va, va durer toujours,                                                                                                                                             la saison des za, la saison des amours"

                    Juliette est partie juste avant un automne dont on ne sait ce qu'il deviendra. Bien joué! Salut l'artiste !  

                                 

06 septembre 2020

Estresses

                                                                    Estresses

                Ne cherchez pas ce mot dans le dictionnnaire, il n'existe pas. Une déformation de "l'étroitesse", un petit coup de patois ou même d'occitan, va savoir, et on se retrouve dans les estresses. Je ne sais pas si vous avez comme moi des mots qui vous suivent ainsi depuis l'enfance, comme une obsession qu'on oublie, puis se rappellent à vous après même des décennies ou davantage encore. On les chérit de loin un peu comme une madeleine à la Proust. Il doit y voir des raisons.

            Si tu vas dans le Cantal, en sortant de Maurs en direction d'Aurillac tu devais autrefois franchir une série de virages impressionnante, redoutée des automobilistes, au milieu de laquelle on passait devant trois maisons, un lieu-dit même pas un hameau selon mon souvenir, dans une côte appelée Les Estresses. Il a dû y en avoir des morts sur cet itinéraire puisque, j'en suis témoin, les voyageurs hésitaient à l'emprunter, comme si une barrière géographique dangereuse existait là, entre les douceurs de plaine du Ségala et les rigueurs montagnardes du Massif à Aurillac. La preuve, pour désenclaver la ville la plus froide de France un pouvoir administratif non identifié décida un jour de contourner le site. La route nationale ne passe plus aux Estresses. Adieu les virages ! 

               J'étais pensionnaire à Aurillac avant cette modernisation funeste, quand on empruntait toujours l'ancien itinéraire. Le samedi matin lorsque je n'étais pas en retenue pour quelque vétille indisciplinaire dont je m'étais fait une spécialité, je me pelotonnais encore à moitié endormi sur le siège arrière de la voiture de Gandelin, l'intendant du lycée qui me raccompagnait chez moi dans la vallée. Il conduisait une Vedette, la plus puissante des voitures de série de cette époque et s'en trouvait très fier. Il se réjouissait en particulier d'aborder très vite la fameuse côte, pressé d'ordonner à son épouse d'enclencher le chronomètre au premier virage pour tenter, à chaque voyage sur les chapeaux de roue, de battre le record du précédent.

                 Je ne sais vraiment pas s'il y parvenait. Enfoncé dans mon coin de siège je somnolais ou je rêvais aux chahuts de la veille à l'internat. Je ne sais pas si c'est toujours comme ça dans les pensionnats mais à cette époque le dernier jour de la semaine notre dortoir s'agitait. Cris d'orfraie, professions de foi ineptes, déclarations d'amour sans queue ni tête, batailles de pelochons et fanfaronnades grotesques, le pion s'enfermait dans sa piaule en attendant que la fatigue ait raison de la folle agitation d'une chambrée d'ados déchaînés.

               Dans les virages des Estresses Gandelin ne parvenait à faire peur qu'à son épouse. Une femme de tête celle là. Reçue  deuxième au concours d'entrée de l'Ecole Normale elle s'était juré d'en sortir première et avait réussi haut la main avec plusieurs points d'avance. Elle s'en vantait et méprisait la médiocrité, si forte femme que je crois bien avoir compris que le seul moment ou le père Gandelin avait les mains libres c'est au volant de sa voiture. Effrayée, elle lui laissait la bride sur le cou de peur qu'il ne loupe une manoeuvre et nous envoie dans le décor. Partout ailleurs tout filait droit devant elle. Moi aussi! Horrifiée par mes notes médiocres elle  entreprit en vain de me donner des cours de maths et de latin, matières auxquelles je ne comprenais toujours rien, seulement intéressé à cet âge par la lecture illicite des amours de Mme de Rênal avec Julien Sorel, le rêve de rencontrer les filles inaccessibles croisées au stade pendant la promenade obligatoire du dimanche les jours  de colle, ou mes performances en salle de gym.  

                  Pour le reste quand je ne jouais pas je dormais, en cours comme dans la  voiture de Gandelin. Je ne consentais à relever la tête que l'orsqu'il claironnait à travers l'habitacle : "Tiens, voilà les Estresses! Le record va tomber". On traversait le hameau en trombe sans risque, je n'ai jamais vu l'ombre d'un homme ou même d'une vache dans ce désert accidenté, comme si les habitants savaient que leur route n'était empruntée que par des fous du volant. Et c'était pareil au retour du dimanche soir. Je me renfonçais dans mon coin de siège et mes rêves de vieil enfant, pas encore tout à fait un ado, inquiet du retour au bercail éducatif du lycée.Quand on passait les Estresses j'étais déjà bien loin de chez moi. Un nouvelle semaine de froideur commençait, se battre avec les autres élèves pour exister, faire semblant de comprendre le cours pour ne pas sombrer devant le prof de maths ou s'attirer les faveurs de celui de latin en récitant ses proverbes.

                   Après tout ce temps je finis par comprendre, j'ai trouvé pourquoi je suis encore hanté par l'idée des Estresses. Une sorte de parenthèse sur la route des rigueurs de la pension. Aurillac est pourtant une belle ville où j'aimais me promener le long de la Jordane. Mais  glacée. Si grande... si petites les Estresses d'un coeur d'enfant. Une petite madeleine de mémoire. 

 


28 août 2020

Masque

                                                           Masque

           On ne rigole plus! Si vous pensez encore que la dissimulation du visage n'est qu'un jeu réservé aux enfants les jours de carnaval ou destiné à amuser les soirées arrosées entre adultes, vous avez tout faux. Simple morceau de coton ou tissage acrylique importé de Chine à grands frais, le masque devient obligatoire. Portez le ou il pourrait vous en coûter! Pour les partisans de l'état naturel qui estiment normal de lire les sentiments dans l'expression la révision est déchirante, il est de bon ton de se cacher. Pour vivre heureux vivons masqués ?

              Déjà nous avions été prévenus. Pour des raisons obscures importées de pays lointains, dans nos rues quelques femmes ont jugé indispensable de dissimuler leur visage en public. Assez pour stopper tout dialogue et pour entamer une polémique sans fin sur l'espace de la liberté de chacun et ses limites. Toute considération religieuse mise à part cet acte met en évidence une volonté avérée de dissimuler qui on est et ce qu'on pense. Un simple bout de tissu et voilà le résultat. Drôle de société dans laquelle on s'ignore, se dévoiler est une faute ou pire. On en a tondues pour moins que ça!

              Et maintenant un foutu virus venu d'encore plus loin vient aggraver le propos. Ah ils doivent bien s'amuser les gourous. Plus besoin de prêcher, c'est obligé de se cacher même pour les mecs. Et pour couronner le tout on importe à grands frais les instruments du pays d'où le mal est venu parcequ'on est infoutus de les fabriquer ici. Si seulement c'était un juste retour de l'égalité entre les sexes ? Même pas, la santé prend le pas. Vous avez remarqué les Diafoirus sont légion. Les docteurs Knock parlent sans arrêt à tort et à travers sur les gazettes et les gouvernants suivent en sautant les divergences. Il sautent bien il faut le dire. O cacophonie! 

                Le masque dissimule le visage et les disours cachent les échecs. Pendant qu'ils poussent de grands cris sur la saturation  de leurs services les grands professeurs omettent de citer certains chiffres. Ainsi 40% environ des patients admis en réanimation décèdent. Ceux qui en sortent subissent à vie des invalidités ou des déficits sévères de l'intellect. Bon, ben, on va pas trop en parler. Ces vieillards que l'on intube sans toujours leur demander leur avis seraient foutus de refuser. Alors on interviouve ceux qui s'en sortent bien. Juré! Il y en a. Et puis il faut bien faire tourner les services...

                Illico les édiles obéissent et décident de montrer leur muscles, lâchent leurs milices sur le bon peuple qui fait ce qu'il peut,  certains de trouver là un bon moyen de gagner les élections. En marchant dans nos rues le badaud peut ainsi assister au joyeux spectacle de la verbalisation des brigades. A trois, deux c'est pas assez, casqués, rangers au pied, pistolet, radio, menottes, stazer et autres flassball battant les hanches, 135 euros pour les gamins qui vont au foot visage à nu. Ça leur apprendra. Surtout si vous passez à Breil sur Roya évitez le supermarché : nez découvert et vous êtes embarqué en garde à vue. Non mais! Le respect.

                Dans nos contrées, jusqu'au jour du Covid le déguisement masqué était l'apanage des personnages de la Commedia dell' arte. Un truc culturel quoi. Daté du Moyen âge il nous vient d'Italie et a donné naissance à la comédie. Molière et Shakepeare lui ont emprunté. Pour rire, chanter, faire de la musique on inventait de belles caricatures. Aujourd'hui La nuit des rois c'est bien fini. Ne rions plus. Voilons nous la face et quand le masque tombe ne découvrons que des grimaces.   

                 Colombine la gredine a disparu, Les traitres avancent masqués. Au secours Molière, où es-tu passé ? !

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28 août 2019

Douleur

                                                                       Douleur

                 Quand il ouvrit la photo attachée au message reçu de son ami retiré dans le Vercors, Janvier eut un choc imprévu. Sa première épouse y figurait au premier plan devant un groupe d'anciens copains. C'était une photo de fête, l'opérateur avait pris Anne en scène, comme un personnage de roman. Elle souriait en bavardant adossée au montant d'une fenêtre, détendue, à l'évidence heureuse, épanouie. Bien que discrète sa jeunesse rayonnait dans une robe à la mode qui mettait en valeur de longues jambes musclées de sportive. Sous la coupe ronde des cheveux blonds, pour qui les avait connus il était aisé de percevoir l'éclat turquoise des yeux clairs de la jeune femme.

                  Dans le même mouvement que celui de la surprise, Janvier fut envahi de douleur. Sans doute, pour s'assurer de sa présence, avait-il lui même réclamé de son ami l'envoi d'une photo de ce moment oublié. Sans doute s'attendait-il à recevoir le cliché fané d'une fête datée, rassemblant un groupe de participants dans lequel il aurait reconnu la vague silhouette de son couple. Il n'avait pas réfléchi. Et maintenant il contemplait l'image d'Anne éclatante de jeunesse et de santé, bien avant qu'elle ne fût victime de la maladie sclérosante qui avait fini par l'emporter après quinze ans de souffrances, plusieurs décennies avant ce jour. Belle, telle qu'il l'avait rencontrée quelques mois avant de l'épouser. Belle, comme il avait oublié qu'elle était après tout ce temps passé à ses côtés, à tenter vainement de comprendre la cause de son mal, puis espérer l'aider à guérir, obligé enfin de l'accompagner dans le lent cheminement douloureux de son parcours funeste.

                   Parcequ'il avait eu beau faire le deuil, grâce au temps passé, réorganiser même son existence, devant l'image de sa compagne disparue, la douleur, preuve qu'elle ne s'était jamais complètement effacée, revenait en force, envahissait. Il la connaissait bien. Ça le prenait aux tripes, l'angoisse de son impuissance à guérir cet être dont la vie s'enfuyait, le fuyait, les doutes sur sa capacité à comprendre la nature d'une affection qui frappe au hasard, dont ni la volonté ni la médecine ne parviennent jamais à résoudre les causes ni en contenir les effets, la culpabilité de ne pas se sentir à la hauteur pour supporter les aléas d'un drame qui remettait en cause son couple, la maîtrise de sa propre existence, son avenir. 

                 En résumé la peur de se sentir vulnérable et faible, mesquin quand il fallait être généreux, égoïste quand il aurait dû s'oublier pour lutter, insignifiant devant la nécessité d'être grand. Sa douleur était comme un coup de poing reçu dans l'estomac à l'improviste, un malaise qui s'installait le matin au réveil pour ne s'estomper qu'avec le sommeil difficilement atteint au coucher. Rien à voir avec les maux, futiles ou graves auxquels chacun est confronté chaque jour, rien à voir non plus avec les atteintes de l'âge lorsque la fin approche après une vie bien remplie. D'ailleurs ces souffrances là on pouvait parfois y pallier, les éviter même. Non! sa douleur était d'une autre sorte, morale, issue de sa conscience, de sa raison devant la déraison, de son refus de l'impuissance des hommes, des médecins en présence des dérèglements du corps, de sa haine du destin d'avoir choisi cet être séduisant, si cher, si proche pour lui réserver un sort fatal, sans recours.  

                     Il l'avait sans cesse vérifié, rien n'était pire que l'ignorance. Janvier pensa alors que, en toute innocence, Anne avait subi le sort que, dans la Grèce antique, les dieux jaloux réservaient aux humains dont ils voulaient se venger. Quelque part dans l'univers un satrape tout-puissant décochait au hasard des flèches meurtrières contre des êtres créés à l'image des dieux dont il ne pouvait supporter la beauté, la santé, le bonheur qui fuit les immortels. Ils n'en ont pas besoin du bonheur puisqu'ils sont immortels, réalisa Janvier. Cette idée lui fit concevoir qu'Anne était en quelque sorte une victime parmi d'autres de la condition humaine dont le drame dépassait sa propre personne. 

                   Partager sa tragédie avec d'autres rassurait un peu Janvier, modifiait sa dimension, son périmètre. Pourtant la douleur réveillée était toujours là, intacte. Il comprit enfin qu'elle lui appartenait, il aurait beau faire elle ne disparaîtrait qu'avec lui, le jour de sa mort.          

 

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11 août 2019

Rail

                                                                       Rail

                  On pense d'abord à une voie de chemin de fer, bien entendu. Ma chronique n'a pourtant rien à voir avec le rail, seulement avec son image maritime, cette immense ligne qui part de l'ile d'Ouessant pour conduire les navires en mer du Nord. Fermez les yeux. Imaginez un instant que vous avez décidé de passer un dimanche en famille sur la côte dOpale, déguster des moules-frites entre les deux caps Gris Nez et Blanc Nez, dans un caboulot de plage, à Wissant par exemple. Le lieu, simple, est accueillant, Le plat succulent, la mer somptueuse roule doucement jusqu'à mourir sur la dune de sable blond toute proche, au loin derrière le dégradé coloré des reflets marins, vous devinez les falaises calcaires de Douvres comme si, malgré le large, elles appartenaient à un monde commun, ici et d'en face.

               Et là, patatras! La proue d'un immense porte-containers avance pour rompre la perspective séduisante dont vous vous charmiez, il est bientôt suivi d'un pétrolier aux échafaudages de tuyauteries si bizarres qu'on croirait qu'il a embarqué le centre Pompidou dans son étrave, de quoi être ensuite presque étonné de l'allure quasi normale du cargo qui tente de les dépasser. Las! Si vous avez cru un moment retrouver la vue sur les falaises, n'attendez rien. Devant vous passent 100 000 navires par an, 300 par jour, à peine le temps de lever les yeux vers Douvres qu'un nouveau sillage succède au précédent. Tous se pressent d'inonder le Nord de l'Europe de produits orientaux à bas prix. Chaque heure de retard c'est de l'argent perdu pour l'armateur.

                  Une bonne partie du commerce mondial passe par là, dans cet espace réduit de mer, ce détroit qui sépare le continent des côtes d'Albion, autant qu'il les rapproche puisque cet endroit a toujours servi de passage naturel, aux conquérants dans les deux sens, aux exilés comme aux fugitifs victimes des aléas de la politique ou de la vie, aux sportifs avides d'un exploit qui les rendrait célèbres. A pied, à cheval, en voiture, cependant on ne franchit pas la Manche. Il y faut au moins une barquette et une voile, ou bien nager, ou bien voler. Voilà pourquoi Louis Blériot tenta ici la traversée mythique qui marqua les débuts de l'aviation, pourquoi aujourd'hui un homme harnaché de moteurs se propulse sur le même chemin, pourquoi enfin un mur du refus, cruel à la libre circulation des immigrés, est érigé là pour leur interdire les côtes anglaises. 

                   Devant leur plat du jour les touristes de passage ne voient rien de tout celà, même s'ils en gardent une trace dans un coin de leur mémoire. Ils voient la mer turquoise dont la couleur varie au fur et à mesure de l'avancée du jour. Ils promènent sur les herbes du cap heureusement préservées du projet d'édification d'une centrale nucléaire. On dit que sur ces hauts fonds la mer est poissonneuse, les bancs de cabillauds se plaisent dans les courants agités entre les falaises anglaises et la terre d'Europe. Mais gare au pêcheur imprudent dont le vaisseau semble si frêle auprès des mastodontes du Rail! 

                   Un spectacle tranquille, une mer paisible, on dirait que la Côte d'Opale existe, ce jour heureux de l'été, pour la seule joie des familles ou le plaisir des promeneurs. Seulement voilà, au loin il y a le fameux Rail que le regard ne saurait éviter. Et si, c'est déjà arrivé, un pétrolier chavire au beau milieu des poissons et des mouettes? Et si, une fois de plus, un porte-container répand son chargement de matières polluantes sur les dunes et les rochers cachés sous les falaises? 

                   Adieu les moules-frites...

30 juin 2019

Instantané

                                                                       Instantané

                  Chaque fois que j'ouvre la télé sur la coupe du monde de foot je tombe sur l'image d' une jeune femme en train de cracher sur le terrain. Dommage, mauvaise photo, un geste qui gâche tout ! Moi qui ne suis pas un amateur averti je trouve le jeu de ces dames plus fluide que celui des hommes, moins heurté et brutal, en résumé plus agréable.Tant qu'à se comparer au football masculin, l'usage inélégant du crachat est bien la dernière chose à lui emprunter. La faute à qui? Je vous le demande ? A la presse bien entendu qui ne s'épargne aucun moyen pour tenter d'attirer le spectateur, mettre en lumière le jeu du ballon féminin jusqu'ici négligé, quitte à en montrer les emprunts les moins heureux.

                  La lourdeur et l'impudence des commentaires porte à croire que les journalistes sportifs sont en majorité des hommes sans imagination. Entendez les..."Ah, les pauvres sont bien moins rémunérées que leurs homologues masculins !" "Voyez comme leur jeu est lent, la balle devrait déjà être dans l'autre camp !" "Bah, un tir de loin n'a aucune chance de réussir, ce n'est pas de sa faute si elle manque de puissance!" Bien entendu tout cela est parfaitement injuste. J'ai vu jouer ces dames, un peu moins de vélocité aisément compensée par d'élégantes virevoltes sur la pelouse, des silhouettes élancées se passent la balle de près, de loin, comme pour réussir une entente cordiale en équipe, plus précieuse encore que le résultat.

                  Ces femmes sont vraiment agréables à regarder jouer. Quand les hommes ont transformé le jeu en une sorte de combat fratricide heurté de coups bas, interrompu par les chocs, les blessures vraies ou simulées, quand le spectateur devine à leur attitude les défis et les insultes qu'ils échangent sur le terrain, ces dames s'amusent du ballon avec calme et sang froid, se respectant entre elles elles respectent l'esprit du jeu. La presse ne manque jamais d'attiser les passions, ces messieurs sont tantôt portés au pinacle par la victoire puis voués au gémonies de la critique s'ils perdent. Dans le même temps, l'autre sexe affiche une joyeuse sérénité  et dignité qui nous fait laisser le poste allumé plus longtemps que prévu. 

                    Voici que tous ceux qui méprisaient le football se réconcilient avec ce sport. Je suis avec eux. Enfin, ce n'est pas le moindre des plaisirs, la séduction a gagné du terrain sur les pelouses. Toutes ces femmes sont jeunes, fraîches, montrent des corps façonnés, élancés, préservés des déformations musculaires qui rendent détestable l'entraînement excessif des équipes masculines. Leurs beautés naturelles n'ont pas besoin de maquillage superflu. Et puis, c'est certain, pour courir après le ballon et marquer des buts il vaut mieux avoir de longues jambes. Entre nous soyons sincères, de belles cannes musclées et les rondeurs qu'elles portent attirent le regard des hommes. Sans doute une des clés du succès auquel mon oeil est fidèle. 

                    Mesdames poursuivez, continuez à nous charmer ! Et par pitié, ne cherchez pas à copier de mauvais clichés. Arrêtez de cracher sur la pelouse. 

                   

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27 juin 2019

Cassius

                                                                      Cassius

                        On l'a appris un beau matin à la radio, Cassius est mort! Enfin pas vraiment Cassius, un des membres du groupe de musique ainsi nommé. Le pauvre gars serait passé par dessus son balcon qui ne tenait à rien, à peu de choses comme la vie. D'après les nouvellistes atterrés, la planète serait en deuil. Enfin presque toute parce que, pour ce qui me concerne jusqu'à ce matin je ne connaissais de Cassius que l'historien romain du deuxième siècle. A la rigueur, en toute extrémité, j'aurais fait le lien avec le boxeur célèbre qui avait hérité de ce prénom emprunté à l'antiquité par les trafiquants d'esclaves, Cassius Clay.

                        En écoutant les commentaires j'ai beaucoup appris. Ce Cassius nouveau aurait été un des premiers inventeurs de la musique électronique. Connus dans le monde entier, ses rythmes conçus sur des appareils électriques disco auraient agité le monde de la nuit sur tous les continents, déhanché les fêtards en cadence sur les dance floors de Séoul à Ibiza en passant par Soho, avec des noises psychédéliques de la House bien de chez nous, en tout cas c'est dans ces termes que les chroniqueurs annonçaient une perte  inestimable pour la French touch.

                     J'avoue être resté dans l'expectative, baba, scotché, non pas tant par la révélation du drame désolant pour ce pauvre homme, que par l'unanimité complaisante des termes utilisés par les nombreux chroniqueurs bouffis de suffisance anglophile. Eh Quoi! Faut-il avoir peur d'être incompris si on parle du "style maison, des sons électroniques, de l'inventivité des animateurs français, de la musique artificielle adoptée sur les pistes de danse récréatives." Je ne sais pas s'il faut s'en féliciter, il semble bien que les danseurs de la nuit aient une sorte de langage normatif de New York à Tel Aviv ou Delhi.  

                  La mondialisation n'a décidément pas de bornes, ces gens manquent à la fois de créativité et d'originalité. Avec regret nous sommes contraints de constater que les activités artistiques, musique électronique en première ligne, sont victimes de la banalisation et uniformisation générale qui coiffe de son ombre toutes les activités soumises aux échanges internationaux, mercantiles ou pas. Dans leurs appartements les ménagères de Rio, de Harlem, de Dublin ou Taïwan partagent la même marque d'aspirateur tandis que leurs enfants s'agitent la nuit sur des rythmes fabriqués par d'habiles spécialistes, tels Cassius, à l'autre bout de la planète. 

               J'apprends avec curiosité que l'auteur du groupe Cassius, victime du désolant fait divers rapporté ici, était né à Limoges, preuve supplémentaire s'il en était besoin, de la pénétration de la normalisation des moeurs et des techniques jusqu'aux fin fond des provinces. De la Terre de Feu Argentine jusqu'aux banlieues de Dakar on danserait pareil dans les boites disco. Jusqu'à ce jour je gardais au fond de mon coeur l'image d'une capitale de province française pétrie de traditions, gardienne des secrets jalousement défendus de fabrication d'une porcelaine à la finesse inimitable, département dans lequel la population résistante battit en rase campagne l'armée allemande pour s'en libérer.

                  Eh bien, tout ceci n'a plus cours. Si ce n'est déjà fait, la porcelaine pourrait être fabriquée en Chine, les boeufs de Salers disparaître des champs pour se reproduire dans des fermes de mille vaches, la jeunesse désabusée plus préoccupée des tubes électroniques que de patrimoine. Jusqu'où tout celà peut-il aller? Je n'ose l'imaginer. 

                    Dion Cassius, l'historien romain passa dit-on dix ans de sa vie à se documenter sur l'histoire de Rome et autant d'années à écrire l'ouvrage monumental qui sert de référence à tous les connaisseurs des sources du premier empire d'Occident.

                  Hier nous étions les successeurs de la langue et des valeurs de ces estimables ancêtres. Aujourd'hui plus grand chose,... mondialisés, plus rien!

  

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19 juin 2019

Tennis

                                                                       Tennis   

               Il en aura passionné des foules ce jeu de raquette! Depuis l'époque du jeu de paume dont il est issu jusqu'à ce jour porte d'Auteuil, le tournoi de tennis qui rassemble chez nous, chaque fin de printemps une multitude de sportifs et tous les autres. Quand on pense que son nom est modestement dérivé d'une exclamation des joueurs indiquant "tenir" avant de lancer la balle. Décidément la réussite tient à peu de chose. C'est qu'on en a eu de drôles de récits sur le tennis, depuis les caricatures de regards figés par les trajectoire, droite-gauche, de quoi attraper un vrai torticolis, jusqu'aux délires sur les pensées sexuelles refoulées des passionnés de toutes sortes, fondées sur un rapprochement malheureux des assonnances.Tennis rime avec pénis...Ridicule.

                  Quoique ? A force d'exemples je finis par voir un fond de vérité dans une telle comparaison. Comme l'amour, le tennis se joue à deux, de préférence... Comme l'amour, les adeptes sont fascinés par l'objet du désir, ici la petite balle, prisonniers de leur passion en plein mois de mai. Voyez comme sur le court les échanges ressemblent parfois à une sorte de danse, un ballet réglé pour séduire, dans lequel à la fin l'un terrasse l'autre, comme en amour. Des romanciers ont même vu dans l'acharnement de certains sportifs à courir après le rebond une sorte de substitut au coït, jusqu'à prétendre que sa passion épuisante freinerait l'appétit sexuel. Dans une telle situation je conseillerais de consulter un sexologue ou de passer son chemin.

             Sans doute, la diffusion internationale de ce sport de raquette n'est pas pour rien dans la fabrique de légendes parfois complètement farfelues autour des joueurs, transformés en vedettes adorées dont la presse guette le moindre geste, le plus petit mouvement intime, afin d'en repaître le public. Il faut dire qu'ils font envie ces beaux champions, visage et corps hâlés par le bon air des courts, tenues chics à  la ville comme dans l'effort, propos publics agréables et souriants, ils font le tour du monde plusieurs fois par an pour encaisser les primes élevées promises en contrepartie de leurs apparitions spectaculaires. On dit que, même lorsqu'ils perdent, on les rémunère quand même. La célébrité attire la foule. 

               Après Rome et la Grèce l'addiction au sport est devenue un caractère essentiel du monde moderne. Les politiques favorisent la pratique et la diffusion des grandes compétitions des stades, c'est pour eux un bon moyen de détourner le regard des citoyens des difficultés du champ social ou des turpitudes de leurs élus. Ainsi le budget des tournois augmente chaque année sans que, en dépit de déficits parfois importants, aucun club ne se déclare jamais en faillite.

                Bien entendu le tennis n'échappe pas à la règle de l'inflation des dépenses. Dirigeants ou adeptes, afin de tous les satisfaire il faut, paraît-il, agrandir le stade Roland Garros. La presse indique qu'un budget de 400 millions est destiné à ce projet. presque la moitié du montant espéré pour réparer Notre Dame, une bagatelle aux yeux des puissants responsables fédéraux et leurs soutiens municipaux. On ne saura jamais si les praticants qui cotisent dans les associations sont d'accord, on ne leur a pas demandé leur avis. Enfin, pour réaliser ce projet il a fallu rogner une partie des espaces naturels des jardins historiques de serres d'Auteuil, arracher une bonne centaine d'arbres pour édifier un terrain de tennis à leur place. Les édiles responsables de cette destruction sont, dit-on, satisfaits de la qualité de la réalisation finale.

                 Quant aux usagers et promeneurs du Bois de Boulogne ils n'ont rien à dire, qu'à la boucler. 

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27 mai 2019

Martinet

                                                                       Martinet

               Ils sont arrivés, en plein milieu du mois de mai, sans prévenir. D'un coup leurs cris stridents m'ont fait lever la tête, regarder à travers les persiennes pour deviner ce qui se passe dans un ciel seulement peuplé jusque là par de rares moineaux rachitiques. Merveille de ce matin de printemps, ils étaient toute une bande à voltiger là haut, équilibristes des nuées croisant et recroisant leurs vols de paraboles irréalistes à la recherche d'insectes. Personne n'y croyait! On n'y pensait même pas tant les écolos nous annonçaient la fin des espèces et les voilà qui lâchent leurs cris sur la ville, un vrai bonheur cette vie qui résiste à tout.

               C'est vrai, les hirondelles au ventre clair sous le frac noir, je n'en vois plus jamais près de la maison. En ville leurs habitats ont disparu sous le béton, alors je me console avec les martinets tout de noir vêtus qui persistent à me rendre visite. Ponctuels malgré la pollution, la raréfaction des insectes et que sais-je encore, matin et soir ils organisent un fabuleux manège aérien, ravissant les distraits qui badent le nez en l'air, puis disparaissent soudain, comme aspirés par les hauteurs invisibles où on dit qu'ils planent sans jamais se poser, dorment en vol, copulent en l'air, ne s'approchant des maisons que pour déposer leurs oeufs dans des anfractuosités, des fissures, sous quelques vieilles tuiles épargnées des promoteurs d'immeubles. 

           Ils furent longtemps méprisés, souvent confondus avec les hirondelles, si familières qu'on pouvait presque croire qu'elles connaissaient les occupants des maisons dont elles revenaient tous les ans occuper la toiture, comme en visite de politesse, puis, à l'automne, perchées à la queue leu leu sur le fil électrique le long de la rue, leurs conciliabules sans fin offraient un spectacle attendrissant jusqu'à leur départ inattendu, toutes ensemble, vers une destination inconnue, si loin de l'autre côté de la mer. On tremblait pour elles.

               Difficile de croire que ces deux oiseaux ne sont pas de la même espèce tant leurs habitudes et leur aspect sont proches. Maintenant que j'ai perdu les amies de mon enfance dans le ciel, je prends le temps de découvrir l'élégance du martinet. Voyez plutôt cette fléche de plumes et d'harmonie monter droit au firmament jusqu'à ce qu'elle échappe à notre oeil, comme un symbole de liberté. Les pieds sur terre on voudrait bien disposer de tant d'espace pour se mouvoir, de l'écoute attentive des membres de la fratrie locale pour crier sa joie à tous vents, sans retenue. Impossible regret. Nous sommes civilisés que diable!

                  Enfin pas tous... J'entendais il y a peu dans un débat, une journaliste expliquer froidement  que la mort d'une espèce ne la dérangeait vraiment que si cette disparition pouvait mettre en cause le mode de vie des hommes ou leurs ressources. A défaut tant pis! On pouvait s'en passer. Un tel degré d'inconscience et d'égoisme chez cette personne a suscité en moi, homme plutôt pacifique, une sorte de réflexe archaïque. J'aurais volontiers fessé la péronnelle pérorante que j'écoutais à l'aide d'un martinet, vous savez ce manche de bois muni de lanières de cuir autrefois destiné à fustiger la sottise. Hélas, à juste titre son usage a disparu. Rien ne s'oppose aux horreurs proférées impunément sur les écrans. Pourrait-on essayer la raison ?

                 Avec ses semblables j 'en doute. Adieu les hirondelles! 


 

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18 mai 2019

Zombie

                                                                    Zombie

                   A Cannes, sur la Croisette c'est la mode, on n'entend plus que ce mot, comme un revenant. Moins de cinq jours après le début du festival, les invités ont assisté à leur deuxième projection sur les fantômes. Bon courage! Enfin, si on aime pourquoi pas, il paraît que les meilleurs spécialistes d'Hollywood baignent dans les scénarios d'au-delà. J'espère qu'ils ont prévu de retomber un jour dans le réel. Parlons-en : sorti du folklore haïtien le mot zombie est passé à l'anglais pour nous revenir après un court stage par notre langue. Drôle de voyage express !     

                 Pourquoi le zombie séduit-il tant de monde? J'imagine qu'il est connoté par l'histoire de l'esclavage en Haïti. Certains maîtres auraient poussé l'instinct de propriété jusqu'à dénier à leurs victimes le droit à l'existence d'une âme. Brrr...! Ces derniers se seraient vengés en inventant une sorte de folklore magique dans lequel ils retrouvaient pouvoir occulte et personnalité, le vaudou. De quoi occuper les nuits avec quelques plumes, du sang de poulet, de l'alcool de canne et des tambourins. En fin de compte on peut se demander si les soirées les plus agitées sur le sable de la Croisette ne sont pas comparables aux rythmes saccadés et aux déhanchements festifs des populations opprimées d'Hispagnolia autrefois. 

                  A noter toutefois une grande différence, l'opulence des festivaliers tranche totalement avec le dénuement d'Haïti qui reste un des pays les plus pauvres du monde. D'un côté la crème des studios des pays riches foule le tapis rouge des marches du palais, de l'autre on en est parfois réduit à avaler de l'argile pour calmer sa faim. Ici, acteurs et spectateurs éduqués ont eu accès aux meilleures universités, là bas, aux Antilles, la jeunesse haïtienne est à la merci des minces programmes de développement de l'ONU. Quand, sous les projecteurs, artistes et journalistes étalent leur culture, dans le même temps de maigres ressources sont mobilisées pour relever les murs abattus par les catastrophes de la nature, auxquelles s'ajoutent parfois celles des tontons macoutes ou de leurs héritiers.

                  Les uns ne sont pas responsables des autres, c'est vrai. Rien ne les unit que ce petit mot étrange, zombie. Comme il serait heureux toutefois qu'une sorte de solidarité humaine rapproche les bienheureux de Cannes des plus déshérités. Pour être juste il faut indiquer que bien des festivaliers montrent un haut niveau de conscience dans la préoccupation de leurs frères humains, certains ont  sans aucun doute payé la solidarité de leurs moyens, parfois de l'engagement personnel. On les connaît. On les salue. 

                Cet engouement pour les étrangetés imaginaires de l'au-delà n'est pas là par hasard. Un bon moyen d'échapper aux duretés de l'existence auquel répondent réalisateurs et producteurs plus ou moins inspirés. Bien entendu ils sont libres de traiter les esprits comme bon leur chante, c'est bien le moins pour des artistes Mais attention à ne pas dissimuler derrière l'ésotérisme mystérieux la culture de l'indifférence au monde tel qu'il est, pire, se satisfaire de l'égoisme narcissique des paillettes du festival.                             

                    A ce compte là les zombies seraient plus nombreux dans la salle que sur l'écran. En vrai.        

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13 mai 2019

Europe

                                                                    Europe

              La légende raconte qu'Europe fut enlevée par Zeus déguisé en taureau. Ce n'est pas la seule fois où le roi de l'Olympe abusa, par ruse ou par force, d'une des nymphes vouées à servir les anciens dieux. On en comptait plus de trois mille et le paillard avait l'embarras du choix. Hérodote rapporte qu'Europe ne mit jamais les pieds sur les terres à l'ouest de la Grèce d'où venait son nom. Son ravisseur la conduisit en Crète où l'union fut accomplie près d'une fontaine. Bien qu'il agît en brute, le choix de Zeus était fort judicieux. Cette île pourrait être vouée à assouvir les désirs pour l'éternité tant sa beauté y invite. Hérodote n'a pas dit si le dieu a persisté ? En des lieux si propices à l'amour j'aurais essayé les grottes, nombreuses et cachées, les plages de sable fin devant l'infinité de la mer, les criques sauvages et les baies retirées idéales au secret des ébats. Bon! Les forces des dieux sont inépuisables.

               Pas celles des hommes dont la vigueur est parfois aussi fragile que leur mémoire fugitive. Europe fut ignorée des chroniques durant des siècles de chrétienté pour ne renaître qu'aux temps modernes, à la Renaissance, justement. Depuis, quel succès! Tous les potentats prétendants à l'héritage de l' Empire germanique se la sont disputée. Pauvre Europe des peuples déchirés par les troupes des mercenaires à l'apogée des royautés, plus près de nous piétinée par les  armées de conquête envoyées par les dictateurs jusqu'à Moscou où elles ont fini par se perdre. 

               A la fin des fins, après deux guerres mondiales quand même, las des conflits, quelques esprits éclairés tentèrent d'instaurer la paix sur ce vieux continent. L'affaire n'était pas simple. Ils ont beau se connaître et se fréquenter les peuples européens ont chacun leur langue et des intérêts parfois divergents. Une bonne partie baigne dans la  Méditerranée tandis d'autres sont tournés vers l'Océan. Au centre les continentaux balbutient sur les frontières des Balkans ou de l'Ukraine, les occasions de conflit, les drames, n'ont pas épargné les temps récents.

                En dépit de tout, comme pour  Zeus, le désir d' Europe est toujours aussi vif parmi la majorité des citoyens du continent. Hélas, ils n'auront pas l'opportunité de conduire en Crète la belle nymphe. Pour la plupart elle n'est que mercantile quand d'autres la voudraient puissante, créatrice, à la pointe du progrès social, de la protection de l'environnement, des Sciences...

                 Les semeurs d'illusion bonimentent sur les estrades des discours pernicieux. Le rêve d'Europe ne deviendra vrai qu'au service des idéaux de paix et d'humanisme. 

En mai, fais ce qu'il te plaît. Au moment de voter libère Europe des marchands! 

   

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07 mai 2019

Urbain

                                                                       Urbain

            Un prénom d'un autre âge, tellement démodé que de nos jours, même un pape n'oserait l'emprunter. En revanche si on parle des gens qui habitent en ville nous sommes tous concernés, enfin presque tous. Les autres sont des faux ruraux. On en a beaucoup parlé dans les gazettes, vous devez être au courant. On les a rencontrés autour des rond-points, près des péages, avec un gilet jaune, ils se plaignent de manquer de tout dans leurs campagnes, écoles, maternités, postes, transports, commerces, tout a foutu le camp. Quand ils ont un boulot c'est en ville. Ne les confondez pas avec les paysans, s'ils habitent là c'est parce que c'est moins cher et qu'ils sont pauvres. D'ailleurs des paysans il y en a de moins en moins et ils sont pauvres eux aussi.

            Urbain, c'est aussi une façon d'être, un comportement. Plus aucun rapport avec sa résidence, c'est un bon moyen de réussir dans la vie, il suffit de ne se fâcher avec quiconque. C'est la voie royale de l'élite. La finance recrute des urbains,  pour placer l'argent des autres on dit qu'il faut savoir déjeuner poli, policé, contracter dans une chaude ambiance. Bien entendu l'idéal serait d'avoir exercé  deux fonctions, l'une conduisant à l'autre. De la grande finance à la politique il n'y a qu'un pas pour parvenir au sommet.Suivez mon regard... Et ne croyez pas que c'est facile. Beaucoup s'y appliquent tout en végétant dans les postes subalternes des préfectures.Un vrai purgatoire. Ne pas accéder au poste d'autorité auquel il aspire, ça vous aigrit le fonctionnaire. Plus urbain du tout.

              C'est comme ça l'urbanité. Les gens d'en bas diraient que c'est le bal des faux culs, ceux d'en haut la taxeraiant d'hypocrisie avec leurs pincettes. Le drame récent de Notre Dame nous en donne un exemple instructif. Tandis que le citoyen de base, ému, se préparait à verser son obole pour reconstruire ce symbole central de la mémoire de la nation, il fut pris de court, et à quelle vitesse par les urbains. S'engagea alors une surenchère digne d'une salle des ventes à coup de millions hypocrites. On apprit le lendemain que la générosité courait après la déduction fiscale de la part de quidams qui n'ont jamais trouvé le chemin de leur poche devant un sans abri. Nausée.  

           Regardez les! Entre eux les parvenus sont... charmants. Normal, ils ont fréquenté les mêmes grandes écoles, ils se croisent dans les allées des sièges sociaux des entreprises du CAC, dans les couloirs spacieux des ministères. Ou bien ils se fréquentent à l'église, dans les fêtes familiales, prennnent leurs vacances au Touquet Paris plage ou dans un site connu pour l'entre-soi. En revanche il est déconseillé de contester la relation de l'urbain de pouvoir avec le simple citoyen, surtout de douter de sa morale, la réaction serait féroce. Nombreux sont ceux qui en ont fait la triste expérience, contrôlés, bastonnés, ne parlons pas des infirmités, l'urbain est impitoyable.                                                                                                                                                                                         Oui! Il faut bien constater que certains actes excessifs dans les récentes jacqueries en jaune méritaient sanction. N'empêche. La dureté de la réponse interdit la réconciliation, l'aveuglement fait place au dialogue. L'urbanité a bien disparu des rapports sociaux dans nos régions. "Que vous soyez puissant ou misérable..." Désolant! 

Autrefois l'élite faisait ses humanités, aujourd'hui elle fait ses urbanités semble t-il. De cette manière, je ne suis pas certain que le citoyen lambda ait gagné au change. 

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16 décembre 2018

Climat

                                                                   Climat

                  Chaud devant! Cette alerte familière inventée dans les cuisines de nos grands restaurants devrait être adoptée d'urgence par tous les résidents de la planète bleue, du plus pauvre des coolies dont le champ du Bengladesch menace de disparaître sous les eaux au plus illustre des dirigeants se croyant à l'abri en son château. Tous en parlent. Beaucoup ne font rien mais tous seront frappés. Agir vite. Ce n'est pas une mode, un sujet encombrant qu'on aborde pour mieux s'en débarrasser. Hélas, la plupart de ceux qui on le pouvoir d'agir ont d'autres chats à fouetter. Ils ont tort.   

                   Demain, en certains endroits c'est déjà le cas, la terre ne sera plus qu'une fournaise inhabitable. Ceux qui resteront, peu nombreux, à l'abri de leur clim alimentée par les derniers résidus de gaz de schiste, n'auront plus qu'à la rebaptiser planète rouge en contemplant le résultat des cataclysmes dont seront victimes la majorité de leurs contemporains. Leur tour viendra. C'est tout ce que je peux promettre aux classes supérieures si elles continuent à tourner leur regard vers le court terme. 

                   On hésite à en parler tant le sujet est rebattu. Le climat des affaires domine tout. Après nous le déluge semble devenu un mot d'ordre mondial. On peut pardonner aux bidonvilles de ne pas agir en faveur de l'air pur, mais que penser des autres, de tous les autres, ceux qui n'ont pas la certitude d'avoir faim demain matin ? Le désir de ne rien changer à la société engendre l'impuissance. Chacun veut garder sa place nantie contre l'évidence. Je ne sais pas si, dans les temps bibliques, Noé a vraiment sauvé les espèces de la noyade mais je commence à me demander où construire l'arche qui préservera les hommes des prochaines inondations et qui sera autorisé à monter à bord ?  Comme d'habitude il se pourrait que les plus riches, les dictateurs et leurs généraux soient de la partie en abandonnant tous les autres.

                    En attendant on continue comme si de rien n'était. Mme  Merkel se dope au charbon, M Trump en fait sa drogue préférée, les Polonais qui en trouvent partout sont perfusés à l'anthracite. Les Chinois qui ne peuvent plus respirer voudraient bien s'en débarrasser, sans savoir par où commencer. Sachez, si vous l'ignorez, que sans charbon Oulan Bator, capitale de la Mongolie serait rayée de la carte, inhabitable pour son million demie de résidents. En attendant le smog les étouffe.

                     Dans le même temps, comble, oh dérisoire ridicule, j'apprends dans une gazette que le mot à la mode dans mon propre pays est climax, une invention de DRH pour désigner la pauvreté des rapports humains qui caractérise l'époque moderne. Le climax se dégrade paraît-il dans l'industrie nationale qui fout le camp, sans parler des cercles politiques en bisbille avec leurs citoyens. J'apprends encore que les salariés de la télé, victimes d'un mauvais climax, sont menacés de licenciements nombreux, ils ne seront pas les seuls. Poursuivons, ne pas s'arrêter en si bon chemin, l'intitulé Climax désigne pêle mêle un grand magasin, un groupe de rock, une classe préparatoire aux grandes écoles (sic), une boutique de magie...

                     J'ai vérifié dans ce bon vieux Littré, traduit du grec et peu usité, climax veut seulement dire gradation. L'usage abusif du sens des choses se moque bien du climat comme d'une guigne.

Climax !  Osons le dire, ils n'ont pas peur des mots, ni du déluge.  

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29 octobre 2018

Chasse

                                                                   Chasse

               Si vous gardez en mémoire l'idée que le chasseur contemporain est le digne héritier populaire de l'abolition des privilèges obtenue de la Révolution française, vous avez tout faux. Les historiens ont rectifié le tir : les cahiers de doléances de 1788 ne réclamaient pas le permis de chasse mais, pour la plupart, le droit au paysan de prélever le gibier, là où il proliférait au point de détruire ses récoltes. La faute en incombe aux livres d'histoire de nos anciennes classes primaires qui colportaient l'image d'un Nemrod rural armé d'une antique pétoire à broche, enfin libre de couvrir en armes les terres communales dont le seigneur avait été banni.

                Sous la République la chasse devint un sport populaire. Quand tous ne le pratiquaient pas, nul ne le contestait. Il faut dire qu'il était plaisant de croiser le dimanche la silhouette familière du chasseur du quartier accompagné de son chien. Arpenteur de paysages, proche des maisons où tous le connaissaient, il ressemblait davantage à un promeneur qu'à un tueur de lapins. Il faut dire que dans la France rurale des quatre républiques la campagne était d'abord fréquentée pour les cultures ou la cueillette. S'il arrivait à notre homme d'occire quelque bestiole c'était presque par hasard. Quand on le félicitait, il s'excusait, disant que le gibier s'était pratiquement jeté sur le bout de son fusil, au point qu'il était impossible de le manquer dans un tir réflexe, innocent de toute envie de maculer de sang le bec du col-vert aux plumes colorées, ou bien la fourrure grise tâchée de roux d'un lièvre bondissant dans le pré, si jolie.

                 De nos jours les choses ont bien changé. Les oiseaux se font rares, les lapins sont malades, les migrateurs ont été décimés au point que les cols où ils passaient en nuées sont parfois occupés, l'hiver, par des fusils plus nombreux que les maigres compagnies qu'ils canardent à tout va pour assouvir leur passion... Ou s'en repaître, qui sait ? Dans tout les cas on ne croise plus de ces promeneurs solitaires d'antan, pour eux ça ne vaut plus le coup.  Ils ont été remplacés par des groupes de chasseurs, organisateurs de réunions cynégétiques, inséparables compagnons de battues animées par des meutes de chiens hurlants. Si vous faites un tour dans la campagne vous les trouverez aisément, au bord d'un chemin dont ils ont interdit l'accès aux cueilleurs de champignons des bois, leurs "bêtes noires" après le gros gibier. Faciles à trouver ils sont à l'affut auprès d'un 4x4 rutilant qu'ils ont de la peine à quitter, faciles à reconnaître à leur uniforme de camouflage vert militaire.

                  Pour couronner le tout, l'ancien fusil à deux coups de plomb de nos grands pères a été remplacé par une carabine automatique capable de tirer des balles de guerre à plusieurs kilomètres. Les plus acharnés n'hésitent même pas à doter leur armurerie d'une lunette à rayon laser, un peu comme s'ils se préparaient à partir au conflit en Irak. Sanglier, si tu passes par là, prends garde à toi !

                  Ainsi parée la chasse moderne ressemble à la guerre, elle en arbore tous les signaux. C'est à croire que l'inventeur de la psychanalyse, le père Freud qui ne les avait pourtant pas connus, avait deviné avant l'heure que la "pulsion de mort" qu'il décrivait trouverait sa meilleure illustration dans les moeurs des futures générations de chasseurs. Quand la mort devient un spectacle on se demande de quel côté sont les êtres les plus sauvages. Dans la nature ou à l'affut au bord du chemin ? 

                  Ces gens sont fort armés et malicieux, je vous le dis, au point qu'ils ont l'oreille d'un président. Celui ci leur a octroyé des périodes de droit de chasse que le bon sens et le besoin de préservation des espèces aurait dû leur fermer à jamais. Au point qu'ils ont chassé l'écologie en même temps que son ministre du banc public.

                   La chasse à l'électeur en quelque sorte et tant pis pour les pigeons!

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21 août 2018

Diva

                                                                   Diva

         Un mot comme un air de Maria Callas. Si vous le traduisez par divine vous avez tout faux. En Italien il signifie déesse. Prononcer "diva" a quelque chose de gourmand, c'est sans doute pour ça que notre langue s'en régale. Surtout, ces grâces chantantes ont la réputation de grandes amoureuses, pour le plaisir de nos esprits latins. Hélas, si toutes les divas ont des voix merveilleuses, toutes ne sont pas des déesses, loin s'en faut. Gare à la Castafiore !

          Le danger aujourd'hui, avec l'abus des moyens de communication, c'est que nombre de célébrités se prennent pour des divas. Journalistes je sais tout, politiques donneurs de leçons, spécialistes de tout et de rien, l'apparition dans les antennes est pour eux comme un brevet de compétences qui les placerait au dessus du commun, obligerait monsieur tout le monde ou leur entourage à tolérer leurs caprices. Ils galvaudent ainsi le talent, corrompent la beauté, sans aucun respect pour l'art et l'auditeur, en gougnafiers qu'ils sont.

          Dans le genre, je le cite en exemple, je crains que le pire ne soit cette sorte d'écrivain au nom bretonnant dont on fit une icône, après qu'il eût obtenu le Goncourt dans un livre ou il étale les coït ininterrompus de ses héros, à chaque page voire plusieurs fois par page. Mèche pendante sur oeil bleu layette, lèvres gourmandes et moites adornées d'une clope arrogante, teint blafard de bibliothécaire, notre homme s'autorisa de l'étonnant succès des orgasmes sans amour qu'il publiait pour prendre la fuite, enfin ne distiller que de rares apparitions dans lesquelles il affirmait son génie, jusqu'à la parution d'un nouveau roman dans lequel il annonce une sorte d'apocalypse religieuse au public ébahi. J'en atteste, j'ai personnellement assisté à la disparition de mètres linéaires de son bouquin dans les librairies, en quelques minutes le jour de sa parution. Ma foi, certains jours le lecteur se nourrit de peu. Gogo va!

           En politique c'est encore là qu'on rit plus et mieux. A peine éclose une diva remplace l'autre. Tel, qui le soir s'étale dans les lucarnes, fait le buzz des gazettes, vous annonce son départ au petit matin, puis disparaît à jamais sans tambour ni trompette. On en vient à croire qu'en fait, parfois, l'art de la politique consisterait d'abord à se créer un bon carnet d'adresse, propice à de fructueuses reconversions. Si nombreux sont les profiteurs qu'on ne saurait tous les citer. Allons, quand même, ce jour, vous reconnaîtrez bien ce Hulot, fameux avaleur de couleuvres, disparu du champ d'honneur de l'écologie, tout aussitôt remplacé par un autre avaleur à l'estomac encore plus élastique. L'environnement à de l'avenir... dans les discours.         

           Usurpateurs, ces gens font un tort considérable à la diva authentique, celle dont la charge essentielle consiste à nous réjouir de l'aura de sa voix, si prenante parfois qu'on en frissonne, si langoureuse qu'on en use de chasse-tristesse les soirs de déprime. L'orgasme des arts, l'harmonie des corps et des esprits qu'inspire une oeuvre véritable, c'est autre chose qu'un roman à la mode. De surcroît, éternelle beauté, la diva ne livre pas tout ses mystères, dispose souvent d'un jardin secret, se garde bien d'étaler son intimité à tout venant. Son charme distille le plaisir, ses ténèbres nous intriguent.

            Pour finir, vous l'avez remarqué, dans tout ça le masculin est au rencart, diva ne se décline qu'au féminin. Pour une fois les  hommes de l'art les plus fameux seraient proscrits, n'auraient pas accès au cercle enchanté de la diva. Sauf, une suggestion, à se transformer en femme. L'usage s'en répand. C'est vrai quoi, on a tous un peu d'Aphrodite en nous, il suffirait d'en reconnaître les délices et de les accepter.

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30 juillet 2018

Baignade

                                                                    Baignade

                   Le ci-devant 28 juillet, on croisait vraiment beaucoup de monde sur la promenade des Anglais, à Nice, le matin, à l'heure matinale où je tentais d'approcher la mer pour me baigner. Je ne sais pas quelle mouche les a piqués, la canicule peut-être, mais ils étaient tous là, en même temps. Des regroupements sonores de familles italiennes installaient des parasols en carré comme pour protéger un imprenable camp romain,  les cars surchauffés de voyages organisés dégueulaient des bandes de passagers sur la plage à la recherche de quelque point de fraîcheur tandis que des parents harassés cherchaient la meilleure place près de l'eau, propice à la distraction de leurs enfants désoeuvrés. Au milieu de tout ce monde, des couples de retraités ordinairement quasi propriétaires des galets lève-tôt, peinaiant à trouver un endroit adéquat pour poser leur serviette.

                  Le soleil de juillet respendissait pour tous, sur toutes les régions, la France était en congés ou à demi assoupie, tout indiquait la paix, la baisse des cadences dans les usines, l'ambiance paisible des bureaux, le repos sous l'ombrage des lieux de vacances à l'heure du pastis. Il n'en fut rien, un peu comme si la lune rousse observée la veille en éclipse avait émoustillé tout le pays. Depuis une semaine les gazettes distillaient les épisodes de la guerre que se livraient les cercles du pouvoir pour s'accaparer l'opinion, les uns pour justifier un abus du droit, les autres pour s'en offusquer après l'avoir institué, Benalla ça n'allait pas bien du tout. le Tour de France à vélo n'en finissait plus d'arriver et les coureurs français de pédaler derrière les meillleurs, sur les routes les gens se croisaient dans des embouteillages caniculaires. La tension montait sans raison véritable. Un jour étonnant.

                  Quand même je me glissai dans l'eau au milieu des baigneurs avec la sensation agréable, inattendue, que toute l'agitation de l'extérieur n'avait pas réussi à dénaturer l'agréable fraîcheur de la mer. La Côte d'azur a la chance unique que la profondeur de ses plages préserve les agréments de la baignade malgré la foule. Après quelques mètres de natation on se retrouve presque seul à s'ébattre dans l'onde limpide, passé cinquante mètres on ne rencontre plus que de rares aventureux bons nageurs. On peut alors se laisser doucement rouler par la vague pour rentrer au bercail de la rive. Bon, tant pis si les derniers mètres sentent davantage l'huile solaire que l'air marin. On ne peut pas tout avoir, c'est supportable de partager l'espace un moment avec des congénères ravis.

                    Quelques jours auparavant c'était une autre histoire. J'étais dans les Corbières, près du village de  Portel. On l'ignore parfois mais c'est un lieu chargé d'histoire. Les Wisigoths d'Alaric s'installèrent par là, bien des lustres avant que les armées franques de Charles Martel ne stoppent l'avancée des envahisseurs du Sud dans la bataille de la Berre, c'est le cours d'eau qui serpente de Portel jusqu'aux étangs pour rejoindre la mer. Comme autrefois lorsque j'étais enfant, j'ai suivi le chemin qui mène du village jusqu'aux berges. J'ai passé la chapelle des Obiels. Longtemps noyé dans les ronciers, inaccessible, le vieux monument est maintenant agréablement dégagé au beau milieu d'un champ d'oliviers. En suivant le courant entre les modestes falaises de schiste qui l'enserrent à cet endroit, j'ai retrouvé les launes profondes dans lesquelles, chenapan, je braconnais les sophies, les chevesnes et quelques rares goujons. Emu, j'ai suivi le chemin qui court dans les canisses jusqu'à l'ancien pont de pierre surplombant la rivière vers les champs cultivés. Enfin, à l'abri des regards, dans un plan d'eau secret, je me suis baigné seul, nu au milieu des roseaux, saoulé des parfums de maquis, cerné par les collines arides des Corbières, sous un soleil qui ne brillait que pour moi, comme si le ciel sous lequel je flottais m'appartenait.

Douce France. Combien de temps encore !

 

 

 

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14 juillet 2018

Mépris

                                                                      Mépris

                            Tiens!  Deux syllabes sonnantes comme la morgue des puissants d'ancien régime. A petite dose on se le prend quand même en pleine poire. De fait il n'est pas utile de le souligner, un geste, une attitude, un mot suffisent à afficher son mépris, à le faire savoir, distiller le dédain dans lequel on tient tel ou telle qui regarde sans comprendre la hauteur de vues dans laquelle le chef se pavane. Pognon, c'est assez dit !

              C'est même bien dit selon les gazettes qui n'en finissent plus de s'esbaudir. Et tant pis si le pognon dont on parle n'appartient en aucune façon à celles ou ceux qui prétendent en contester l'usage, s'il a été acquis par l'épargne accumulée durant de longues années de travail, parfois difficiles, quelques fois harassantes pour le corps, ou peut être désespérantes pour la santé de l'esprit. Le truc c'est que la règle a contraint chacun à en remettre une partie à un machin collectif et solidaire entre générations. Fallait pas! En haut, tout en haut, les méprisants ont décidé qu'un meilleur emploi pourrait être fait de la cagnotte à leur profit, alors ils en préparent la captation. Pognon qu'ils ont dit, comme on dit "pas grave", quoi!

             Parce que leur pognon à eux il est à l'abri dans des coffres privés, pas solidaires pour deux ronds, mais bien protégés, On ne va pas les confondre avec l'argent du salaire différé. En revanche pour les autres, ceux qu'on méprise, qui n'ont qu'à se taire, on veut bien tenter de faire croire que l'argent qu'on leur doit, qui leur appartient, serait une sorte de ponction au détriment des ressources de l'ensemble de la nation, voire de son équilibre. C'est archi faux! 

              Le méprisant par nature ignore l'histoire sociale ou même la mémoire, alors il faut en avoir pour lui. J'use d'un exemple poétique. Il y a quelques années, le génial Ferdinand Godard mit en cinéma la plus belle actrice française, en tout cas la plus célèbre, dans un film intitulé "Le mépris". Le mépris d'une dactylo pour les assiduités d'un riche producteur dont le mari regardait complaisamment au loin, ailleurs. La dactylo envoyait paître les deux complices dans un autre pré, avant de reprendre le chemin du bureau. Un régal, sans doute le meilleur rôle de Brigitte Bardot en femme libérée.

              La réussite personnelle est autant le fruit du hasard que du talent. Rien n'oblige à céder. On peut refuser la corruption de l'argent, mettre un terme à la corruption des esprits. Et si, prenons nous à rêver, les Français répondaient bientôt à la morgue du Château en méprisant la candidature des siens dans les urnes. Voilà qui serait une forte réfutation des propos hasardeux sur le pognon de la solidarité, la condamnation de l'ignorance de la vie partagée dans la modestie de la majorité d'entre eux, une belle revanche sur ceux qui osent penser à leur place et les regarder de haut. En attendant au bal du 14 juillet les prétentieux sont légion.

              Le mépris rôde à ras de terre avec ses auteurs, les relever n'en vaut guère la peine.

 

              

 

    

 

                 

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