Autan

                 Franc, Autan résonne comme une corne, avec l'accent, toulousain et alentours de préférence. Ce vent est le contraire de la tramontane. D'abord parcequ'il souffle dans l'autre sens, de la mer jusqu'à la terre, ensuite parcequ'il produit l'effet opposé. Au lieu de tout dessécher et de vous prendre la tête il se charge d'humeurs, parfois d'humidité, à l'approche des contreforts des Pyrénées ou lorsqu'il s'accroche aux premiers monts des Corbières ou de la Montagne Noire. Moins violent, il nappe les vallées d'une tiédeur agréable et lorsque, l'été, il se met en colère d'orage à l'intérieur des terres, c'est toujours avec une sorte de bonhomie et bienveillance pour fertiliser les semailles et rafraîchir les gens.

                 A Narbonne on le dit vent Marin. Grâce à lui, bel avantage, on se baigne dans une mer chaude des plages de la Clape jusqu'à Gruissan, au lieu que, par temps de tramontane, l'eau est glacée et les baigneurs  bleus sur le sable qui les cingle même en plein juillet. Que les cousins provençaux me pardonnent mais l'Autan présente à mes yeux l'immense avantage d'être le seul élément en occitanie à traverser à la fois le Languedoc et la Guyenne qu'il rassemble ainsi, alors qu'elles furent tant sujettes à leurs singularités dans l'histoire et aujourd'hui encore. C'est que l'autan pénètre jusqu'en Gironde, tourbillonne volontiers dans certaines vallées des Pyrénées, s'alanguit sur les plateaux des Causses et finit sa course en réchauffant les premières vallées du Cantal. A Toulouse où il domine, il influence le caractère de la ville, abritée grâce à lui des effets les plus désastreux des tempêtes atlantiques.

                 Je l'aime tellement que je finis par croire que l'Autan est vent d'amour. Quand la bise vient du Nord, en toute saison on songe en premier à se mettre à l'abri. Mistral et Tramontane vous glacent les sangs en même temps qu'ils nettoient le ciel. Moi, je crois que l'Autan est le vent de la fête. Il vous caresse au son des flonflons au bal du quatorze juillet, encourage les filles à porter ces jupes en cloche et ces tissus légers qui révèlent, au gré du souffle qui les soulève, le galbe de leurs jambes. Avant minuit il porte les regards et les désirs de chaque côté de la place pour inviter à se rejoindre seuls les adolescents qui ont campé en bande de copains toute la journée. Après minuit il les incite à enlever secrètement l'un après l'autre ces vêtements trop chauds qui les gênent et à goûter sa caresse douce et longue comme de futurs baisers.

                 On dit trop de mal du vent! En m'inspirant d'un mot connu je dirais que ce n'est pas le vent qui tourne mais le politicien. Pour certains le dernier avis est le bon sans réflexion, d'autres énoncent des promesses comme on enfile des perles, l'une après l'autre, tel qui croyait réduire le chômage s'y casse les dents et finit par s'y résoudre secrètement puis sans honte en grand public, tel autre qui voulait guérir la misère de gens à la rue s'offusque qu'ils osent lui demander l'aumône et les fait écarter par sa police, le dernier se déclare chef d'un parti de mécontents, chronique dans les gazettes, prend le haut de la tribune d'où il vous annonce un sort terrifiant avant de vous faire pleurer sur la déchéance qu'il prétend remédier. Tous n'ont qu'une idée : parvenir au sommet avant le déluge. Ce n'est pas vrai, il ne faut pas les croire.

                  Les outres sont gonflées de vent. A la fin, c'est d'ailleurs ce qu'on devrait leur dire : "du vent."