Rose d'automne

 

                  Il faut oser la rose. De printemps ou d'automne, au détour d'un bosquet elle fait toujours signe à l'humeur. On l'a tant chantée sans altérer son charme, la senteur sans doute...qu'on retient les mots de crainte de n'être pas à la hauteur. Une si rare beauté, si volontiers offerte, comment ne pas s'incliner pour la respirer, comment ne pas succomber à ces teintes délicates avec le frisson de  l'hiver qui s'annonce. C'est que le rosier n'est pas avare et s'épanouit depuis les lumières d'avril jusqu'aux soleils des premières glaces.

                   L'usage s'est aisément répandu, les amoureux offrent des fleurs, des roses de préférence, en oubliant qu'elles se fanent à peine écloses. Un pareil sort guette sort la plupart des amours, s'estomper après les premières ardeurs, une loi cruelle qui oblige les hommes à tant recommencer avant de réussir. Enfin, je me demande bien pourquoi on voit si peu de femmes offrir des roses, sans  se priver de l'audace de dire qu'elle sont amoureuses. Il n'y aurait pas d'amour, que des preuves d'amour que l'on réserverait toujours au même bord, au même sexe. Choquant!

                    L'avènement de l'égalité étant arrivé et établi, je propose justement de balancer ces coutumes par dessus bord. Au jardin la rose est bien plus belle et dure beaucoup plus longtemps. Gardons nous de la cueillir et dormons tranquilles sur le lit de roses de nos sentiments. Quand même, j'admets qu'il est bon parfois d'imiter la nature, ces fleurs émettent un parfum aussi délicat pour éveiller les sens du passant, attirer son regard, le retenir. On appelle ces manoeuvres la séduction. Pas de doute, voilà pourquoi tant de jeunes gens se parfument avant le premier rendez-vous.

                     Mais attention! Grimpant ou remontant il n'est pas de buisson de roses sans épines. Vous serez parfois contraint de calculer, de prévoir le parcours, avant d'atteindre la plus belle des fleurs que vous convoitez. Si vous y parvenez vous serez récompensé. Le velouté de ses pétales sous la caresse de vos doigts est aussi bouleversant que la douceur de la peau de votre amie, juste à l'endroit où vous posez votre main à la naissance de son cou, tige fragile. Sentez alors comme se mêlent les odeurs, vous succombez, vous êtes pris.

                     La rose d'automne affiche des teintes moins éclatantes que celle du printemps mais si tendres, si émouvantes. Quand le jardin s'éteint doucement, elle arbore ses plus belles parures et fait mentir les poètes de "l'espace d'un matin", elle s'attarde.

                     A la recherche de sources je suis tombé sur un poème inconnu, ou que j'avais oublié de Jules Renard. La rose d'automne..."c'est une houppe de senteurs"...La suite vaut le détour, je vous invite à la (re)lire.