Socrate

                  Toujours d'actualité. Sans doute, après tant d'auteurs admirables, la comparaison avec ces modestes lignes serait insupportable, présomptueuse. Pourtant, allez savoir pourquoi, je ne suis pas le seul, de temps en temps ma pensée s'arrête sur le grand philosophe de l'antiquité. La science de Socrate nous vient de la transmission orale par le truchement de ses élèves et successeurs, il n'a rien laissé d'écrit et on se réfère sans cesse à lui. Voilà pourquoi dans mon coin je me dis, il faut oser Socrate.

                    Le combattant d'abord. Il participa aux guerres du Péloponnèse à l'égal des citoyens de sa cité. S'il ne reste rien de ses hypothétiques exploits, on sait à quel point il aimait Athènes et la démocratie. Quand les incartades d'Alcibiade, son jeune ami de coeur, finirent par corrompre l'esprit public, Socrate désapprouva. Quand le même "enfant chéri des Athéniens", se vendit aux ennemis de la république, Socrate ne supporta pas la trahison. Tous ceux, ils sont nombreux, qui trahissent leurs engagements, devraient en prendre exemple.

                     Le mari vient ensuite.  Les démêlés de Socrate avec sa tendre épouse, Xanthippe, ont fait le bonheur de ses concitoyens et des bons auteurs qui le mirent en scène avec sa mégère acariâtre. Il n'empêche qu'il en eut trois enfants. On dit qu'elle le frappait parfois, ce à quoi il s'abstenait de répondre, montrant ainsi la supériorité de son esprit, la qualité de son coeur, par dessus tout sa grande sagesse.

                      L'humaniste en quête de vérité s'opposa aux sophistes qui plaçaient l'art de la persuasion au centre de leur enseignement. Les valeurs dévoyées de ces orateurs sont d'un modernisme outrageusement répandu, privilégiant l'apparence, l'affichage, la science sans conscience,  la recherche de profit auprès de "jeunes gens riches et distingués" disait Platon. Combien d'hommes publics, aujourd'hui, pourraient ici se reconnaître.

                       Tout à leur contraire, Socrate, sa mère fut sage-femme, inventa l'accouchement des âmes. Sa maïeutique soutient que chacun d'entre nous peut trouver la vérité sur lui même en se penchant sur son être, sa  propre existence. "Gnôti seoton", connais toi toi même.  En cela on peut voir en lui un précurseur de Proust ou de Freud. Vingt cinq siècles d'avance. Qui dit Mieux?

                       L'image a marqué les esprits. Nous nous souvenons tous du sage de l'antiquité avalant sereinement la ciguë entouré d'un cercle d'amis. Il fut condamné pour athéisme  et corruption de la jeunesse par une clique de dictateurs en herbe, tout le contraire de son enseignement et de sa vie. Lassé des trahisons, épuisé par la médiocrité, sentant approcher les stigmates de la vieillesse, il renonça d'accompagner la perversion de la démocratie. Il décida de son départ comme un témoignage de la vérité contre ses falsificateurs. Son départ signa le début de la fin de la cité grecque. 

                        Il m'arrive de penser ainsi. Après une vie bien remplie, quand les atteintes du temps deviennnent trop pressantes sur un corps affaibli, lorsque les appels à la raison n'ont plus d'écho, que les dieux restent sourds aux appels salvateurs des amis de la planète, la figure tutélaire du premier philosophe me revient à l'esprit. Un jour ou l'autre il faut oser. Osons Socrate!