Nadir

                   Dans les sciences c'est le point le plus bas, celui en dessous duquel on ne peut pas descendre, le contraire exact du zénith. Nous l'avons emprunté à l'arabe, langue dans laquelle son écriture le distingue du prénom, d'usage fréquent aujourd'hui, avec lequel il ne faut donc pas le confondre. Voilà qui démontre comme la destinée des mots est parfois mystérieuse, leur emploi varie au gré des saisons, voire de la fantaisie de tout un chacun, et les savants ne sont pas les derniers à emprunter de ci de là, selon les besoins de leurs mesures. 

                    Je n'ai pas choisi ce mot pour jouer le pédant, je vous l'assure. Simplement, je cherchais comment exprimer le contraire d'une apothéose et j'ai dû faire appel à ma mémoire. J'en ai conclu qu'il est plus aisé de décrire un point culminant qu'un affaissement, on vante ses qualités avant d'avouer les défauts, et encore. Quand le moral est à zéro, on se terre, on évite d'en parler, on fait semblant. Et puis on est en décembre, le jour est au plus bas, hésite à se relever tandis que la terre tourne dans l'ombre, cherche la position de l'an nouveau avant de s'élancer vers le printemps.  

                     Sans doute est-ce la bonnne raison pour laquelle on a casé tant de fêtes en cette saison, l'année est épuisée et les gens avec, on fait la trève. Au Moyen-âge on cessait même de guerroyer par mauvais temps, pour ne pas harasser les chevaux ou abîmer l'équipement. Maintenant on a le père Noël, venu tout droit des migrants d'amérique il a retraversé la mer pour venir réjouir nos enfants. C'est tout récent.

                     Plus avant les Romains fêtaient les Saturnales. Pour cette occasion on raconte qu'ils n'hésitaient pas à mélanger les citoyens de toutes conditions, organisaient de bons repas et même des festins dans lesquels ils échangeaient de menus cadeaux. La preuve que le nadir hivernal vient de loin. De l'origine de la vie dans une société plus démocratique qu'il n'y paraît, de quoi en prendre de la graine pour nos élites si elles sont encore capables de relever le défi du zénith.

                      Saturne était, paraît-il, honoré comme un dieu. Hélas un dieu sombre, pessimiste, inclinant à la mélancolie. Pas vraiment étonnant quand on observe la planète dont il porte le nom. Une planète gazeuse entourée d'anneaux dont on ignore la composition, même si c'est un bel effet on ne peut pas s'y fier, si ça se trouve ces vapeurs sont nocives .Tout ce qui tourne autour du soleil n'est pas nécessairement bénéfique. Certains disent même qu'à force de regarder le ciel on risque la dépression.

                     Heureusement à Noël, la joie des enfants sauve les familles de l'ennui des frimas. Autour du sapin ou d'un bon repas on fait bonne figure à la belle mère qui n'arrête pas de gémir après ses  rhumatismes, on s'efforce de ne pas envoyer sur les roses son époux autoritaire, on a même invité le cousin qui vous tape cent balles chaque fois qu'il vous voit et, miracle, le fils prodigue qui ne téléphone jamais est revenu passer la nuit dans la chambre vide. 

                      Nadir, si on y réfléchit, est un mot plein de soleil. Inutile de broyer du noir dans le jour qui faiblit. L'an neuf arrive, on dansera sous le gui.