Aphrodisia

Et les Grecs nous ont légué ce doux nom. Rien qu'à le prononcer on a déjà le sentiment du plaisir, la sensation du baiser sur les lèvres. Les plus experts des amants assurent d'ailleurs qu'il n'y a pas d'équivalent à ce mot dans notre langue. Erotisme, c'est un peu pauvre. Enfin si, en le disant, vous pensez à quelque substance ou situation propice à l'exacerbation des désirs vous risquez l'erreur,  Aphrodite est la déesse de l'amour, rien d'autre, on n'a jamais entendu dire qu'elle eût besoin d'un quelconque vulgaire instrument, semblable à ceux qu'on acquiert dans nos boutiques, pour accomplir plusieurs vies de rencontres  parfois tourmentées.

D'accord, les artistes la représentent nue, sans aucune perversité ce n'est qu'évocation de nature, évocation de la simplicité de l'inclination sexuelle, de la joie que les amants éprouvent dans son exécution, dans le don réciproque des corps. On est bien loin croyez moi des relations fabriquées par les romanciers à la mode, Houellebecq et autres Djian dont le rut explose à chaque page, parfois plusieurs fois par page, à se demander s'il leur arrive de penser à autre chose que l'exacerbation plastique ou caoutchouteuse des anatomies de leurs héros. Dire qu'ils se croient écrivains! En tout cas c'est ce que la presse nous raconte.   

Bien entendu l'amour est galvaudé puisque c'est ainsi qu'il rapporte. J'ai même découvert une série télé qui a emprunté aphrodisia pour en faire son titre et raccoler le spectateur allumé, voire la spectatrice, allez savoir. Si les billevesées qu'elle montre sont de la qualité des oeuvres ci-dessus évoquées débranchez le poste sous peine de périr d'ennui ou perdre le moral. On dit même que les pratiques à la mode de certains ne pourraient être assouvies autrement que sous la soumission de substances chimiques. Les pauvres! Chemsex, c'est leur nom.  

De toute autre manière, celà ne me semble guère plus  attirant, les guerres de pouvoir et d'influence auxquelles se livrent certains pour abuser d'aubaines sexuelles sont justement dévoilées par leurs victimes. Obsessions, violences perversions de toutes sortes sont enfin mises à jour pour ce qu'elles sont, étrangères  au partage des sentiments, à l'amour.

J'ai une meilleure suggestion. Grâce au large espace de temps écoulé depuis les grecques humanités, nos connaissances sur l'échange réciproque du plaisir des corps et l'attirance des coeurs ont mûri avec bonheur. Il est temps, si ce n'est déjà fait, d'oser l'aventure aphrodisia, choisir un partenaire, trouver une retraite, apprêter un reposoir, si possible devant la mer ou auprès d'une fraîche rivière, s'allonger sur l'herbe dans le plus simple appareil... "et là  nous dormirions", comme dans la chanson, "jusqu'à la fin du monde, lonla, jusqu'à la fin du monde..."

Pour finir je ne peux m'empêcher d'emprunter encore à Rimbaud. 

Elle est retrouvée, Quoi ? L'éternité. C'est la mer allée avec le soleil. Aphrodisia , Quoi!