Mépris

                            Tiens!  Deux syllabes sonnantes comme la morgue des puissants d'ancien régime. A petite dose on se le prend quand même en pleine poire. De fait il n'est pas utile de le souligner, un geste, une attitude, un mot suffisent à afficher son mépris, à le faire savoir, distiller le dédain dans lequel on tient tel ou telle qui regarde sans comprendre la hauteur de vues dans laquelle le chef se pavane. Pognon, c'est assez dit !

              C'est même bien dit selon les gazettes qui n'en finissent plus de s'esbaudir. Et tant pis si le pognon dont on parle n'appartient en aucune façon à celles ou ceux qui prétendent en contester l'usage, s'il a été acquis par l'épargne accumulée durant de longues années de travail, parfois difficiles, quelques fois harassantes pour le corps, ou peut être désespérantes pour la santé de l'esprit. Le truc c'est que la règle a contraint chacun à en remettre une partie à un machin collectif et solidaire entre générations. Fallait pas! En haut, tout en haut, les méprisants ont décidé qu'un meilleur emploi pourrait être fait de la cagnotte à leur profit, alors ils en préparent la captation. Pognon qu'ils ont dit, comme on dit "pas grave", quoi!

             Parce que leur pognon à eux il est à l'abri dans des coffres privés, pas solidaires pour deux ronds, mais bien protégés, On ne va pas les confondre avec l'argent du salaire différé. En revanche pour les autres, ceux qu'on méprise, qui n'ont qu'à se taire, on veut bien tenter de faire croire que l'argent qu'on leur doit, qui leur appartient, serait une sorte de ponction au détriment des ressources de l'ensemble de la nation, voire de son équilibre. C'est archi faux! 

              Le méprisant par nature ignore l'histoire sociale ou même la mémoire, alors il faut en avoir pour lui. J'use d'un exemple poétique. Il y a quelques années, le génial Ferdinand Godard mit en cinéma la plus belle actrice française, en tout cas la plus célèbre, dans un film intitulé "Le mépris". Le mépris d'une dactylo pour les assiduités d'un riche producteur dont le mari regardait complaisamment au loin, ailleurs. La dactylo envoyait paître les deux complices dans un autre pré, avant de reprendre le chemin du bureau. Un régal, sans doute le meilleur rôle de Brigitte Bardot en femme libérée.

              La réussite personnelle est autant le fruit du hasard que du talent. Rien n'oblige à céder. On peut refuser la corruption de l'argent, mettre un terme à la corruption des esprits. Et si, prenons nous à rêver, les Français répondaient bientôt à la morgue du Château en méprisant la candidature des siens dans les urnes. Voilà qui serait une forte réfutation des propos hasardeux sur le pognon de la solidarité, la condamnation de l'ignorance de la vie partagée dans la modestie de la majorité d'entre eux, une belle revanche sur ceux qui osent penser à leur place et les regarder de haut. En attendant au bal du 14 juillet les prétentieux sont légion.

              Le mépris rôde à ras de terre avec ses auteurs, les relever n'en vaut guère la peine.