Diva

         Un mot comme un air de Maria Callas. Si vous le traduisez par divine vous avez tout faux. En Italien il signifie déesse. Prononcer "diva" a quelque chose de gourmand, c'est sans doute pour ça que notre langue s'en régale. Surtout, ces grâces chantantes ont la réputation de grandes amoureuses, pour le plaisir de nos esprits latins. Hélas, si toutes les divas ont des voix merveilleuses, toutes ne sont pas des déesses, loin s'en faut. Gare à la Castafiore !

          Le danger aujourd'hui, avec l'abus des moyens de communication, c'est que nombre de célébrités se prennent pour des divas. Journalistes je sais tout, politiques donneurs de leçons, spécialistes de tout et de rien, l'apparition dans les antennes est pour eux comme un brevet de compétences qui les placerait au dessus du commun, obligerait monsieur tout le monde ou leur entourage à tolérer leurs caprices. Ils galvaudent ainsi le talent, corrompent la beauté, sans aucun respect pour l'art et l'auditeur, en gougnafiers qu'ils sont.

          Dans le genre, je le cite en exemple, je crains que le pire ne soit cette sorte d'écrivain au nom bretonnant dont on fit une icône, après qu'il eût obtenu le Goncourt dans un livre ou il étale les coït ininterrompus de ses héros, à chaque page voire plusieurs fois par page. Mèche pendante sur oeil bleu layette, lèvres gourmandes et moites adornées d'une clope arrogante, teint blafard de bibliothécaire, notre homme s'autorisa de l'étonnant succès des orgasmes sans amour qu'il publiait pour prendre la fuite, enfin ne distiller que de rares apparitions dans lesquelles il affirmait son génie, jusqu'à la parution d'un nouveau roman dans lequel il annonce une sorte d'apocalypse religieuse au public ébahi. J'en atteste, j'ai personnellement assisté à la disparition de mètres linéaires de son bouquin dans les librairies, en quelques minutes le jour de sa parution. Ma foi, certains jours le lecteur se nourrit de peu. Gogo va!

           En politique c'est encore là qu'on rit plus et mieux. A peine éclose une diva remplace l'autre. Tel, qui le soir s'étale dans les lucarnes, fait le buzz des gazettes, vous annonce son départ au petit matin, puis disparaît à jamais sans tambour ni trompette. On en vient à croire qu'en fait, parfois, l'art de la politique consisterait d'abord à se créer un bon carnet d'adresse, propice à de fructueuses reconversions. Si nombreux sont les profiteurs qu'on ne saurait tous les citer. Allons, quand même, ce jour, vous reconnaîtrez bien ce Hulot, fameux avaleur de couleuvres, disparu du champ d'honneur de l'écologie, tout aussitôt remplacé par un autre avaleur à l'estomac encore plus élastique. L'environnement à de l'avenir... dans les discours.         

           Usurpateurs, ces gens font un tort considérable à la diva authentique, celle dont la charge essentielle consiste à nous réjouir de l'aura de sa voix, si prenante parfois qu'on en frissonne, si langoureuse qu'on en use de chasse-tristesse les soirs de déprime. L'orgasme des arts, l'harmonie des corps et des esprits qu'inspire une oeuvre véritable, c'est autre chose qu'un roman à la mode. De surcroît, éternelle beauté, la diva ne livre pas tout ses mystères, dispose souvent d'un jardin secret, se garde bien d'étaler son intimité à tout venant. Son charme distille le plaisir, ses ténèbres nous intriguent.

            Pour finir, vous l'avez remarqué, dans tout ça le masculin est au rencart, diva ne se décline qu'au féminin. Pour une fois les  hommes de l'art les plus fameux seraient proscrits, n'auraient pas accès au cercle enchanté de la diva. Sauf, une suggestion, à se transformer en femme. L'usage s'en répand. C'est vrai quoi, on a tous un peu d'Aphrodite en nous, il suffirait d'en reconnaître les délices et de les accepter.