Buse

                    C'était au printemps. Deux grands oiseaux ont soudain dépassé la cime des arbres au dessus de la maison, tournant sur eux mêmes dans le bleu de l'air. J'ai levé la tête. Un couple de buses ai-je pensé, un des parents apprend à son jeune à voler. Elles avaient dû nicher vers la crête, invisibles dans les falaises et planaient maintenant d'une aile sur l'autre à l'assaut du ciel. La bonne saison pour s'envoler à la découverte d'un nouveau domaine. Un spectacle rare si près de la ville, sans un cri, sans un appel. Je me demandai quel lien intime unissait les deux bêtes pour s'élever ainsi si proches, en se laissant porter à tour de rôle par les mêmes courants, sans une seule erreur de trajectoire.

                    Pour ceux d'entre nous qui n'ont jamais approché cet oiseau ou seulement entr'aperçu sa sihouettte hiératiquement posée sur le grillage de l'autoroute qu'ils sachent que l'animal vaut la peine d'être observé de près, qu'il est doté d'un beau plumage gris cendré, parsemé de blanc, matiné de plumes brunes et rousses vers le col. La buse a mauvaise réputation, dommage! Autrefois redoutée des cours de ferme pour voler les poules, elle fait maintenant son affaire des déchets urbains ou routiers abandonnés sur l'itinéraire de nos vacances. On les préférait dans l'espace, l'oeil perçant à l'affut des musaraignes et des lézards, mais comment en vouloir aux animaux sauvages de s'approprier les marges de nos villes. Nous leur laissons si peu d'espace. Une question de survie.

                  Certes, si l'espèce n'est pas menacée de disparition, son image reste toutefois négative. Encore une fois l'homme est responsable des attributs excessifs qu'on utilise avec ce mot. Traiter de buse une personne honnie fut un d'usage masculin courant auquel les intéressées pourraient répondre en qualifiant leurs auteurs d'abrutis, un retour équitable. Quant à notre bel oiseau il est facile de lui rendre justice. Un simple détour par le dictionnaire nous apprend que son nom est inspiré du cri rauque qu'il pousse parfois dans le ciel.

                  Concernant les gens l'affaire sera moins aisée. Au spectacle récent des échanges des candidats au poste suprême de la ville de Paris je n'ai pu m'empêcher de penser à une sorte d' "Assemblée des buses". Un peu comme si certaines des postulantes avaient voulu rejouer l"Assemblée des femmes" d' Aristophane vingt cinq siècle après le célèbre auteur athénien. Comme au théâtre on y allait allègrement. De mensonges en reniements, de forfanteries en propositions farfelues rien n'aura été épargné aux électeurs de la capitale. Pour être honnête ajoutons que certains candidats hommes n'étaient pas en reste, jusqu'au nombril et en dessous.

                     Le hic c'est qu'Aristophane en écrivant sa comédie voulait dénoncer la  faillite de la gouvernance d'Athénes, la ruine qui menaçait son économie, ses défaites dans le Péloponnèse, pour finir le déclin de la démocratie. Il avait vu juste, la dictature qui menaçait les Athéniens ne tarda pas à s'installer en même temps que la décadence de la cité. Un sort identique menace les nations en perdition. Espérons qu'il échappe à la nôtre. Les buses du gotha parisien sont prévenues. Il leur serait utile de relire "l'Assemblée des femmes". Avertissement sans frais aux aspirants du pouvoir. Merci Aristophane!