Loups

                    Je l'écris au pluriel. Un loup tout seul ça ne fait peur à personne. Les loups sont de retour dans le Mercantour, ça agite le Landernau bien au delà, comme si on n'avait rien de plus sérieux à se mettre sous dent. La polémique, une passion bien française surtout quand elle ne sert à rien. Quatre cents bestioles dans les montagnes. On ne les voit jamais tant elles sont farouches et on fait tout un ramdam. Il faut reconnaître qu'au petit matin le berger trouve parfois un cadavre de brebis à moitié dévoré au milieu du troupeau. Il a beau être indemnisé c'est insupportable. Bon! Si un coup de fusil part tout seul qui leur en voudra ?

                    Bien entendu ce n'est pas si facile. L'animal est rusé et ne se laisse pas prendre, même pas en photo. J'en ai croisé un  il y a quelques mois au crépuscule, entre chien et loup si vous voulez. Le temps d'identifier la belle fourrure grise et Pfuitt. Disparu! Intelligent il a compris qu'il est préférable de ne pas se faire remarquer. C'est vrai, autrefois les bergers étaient bien plus tranquilles. Ils pouvaient lâcher leurs bêtes en pleine montagne et dormir en paix. Rien à gérer que des chiens errants a demi sauvages qui boulottaiant leurs brebis. Mais les chiens ils les supportaient. Allez donc savoir pourquoi?

                   Si quelqu'un parvient à m'expliquer pourquoi les loups font bon ménage avec les bergers dans les Dolomites et provoquent des émeutes dans le Mercantour il aura ma gratitude. Ben quoi, les loups c'est de là qu'ils viennent. Personne en leur a expliqué qu'il ne faut pas passer la frontière. Le pire c'est qu'une bonne partie des habitants croit dur comme fer qu'on les a importés, rien que pour les embêter. Qu'est ce qu'ils imaginent? Que la préfecture paie des fonctionnaires pour faire passer des loups la nuit, sur les chemins tracés pendant la guerre pour fuir les nazis mais dans le sens contraire? On dirait un concours pour la prime aux cons.

                    Parce que des loups bien plus malfaisants que les bêtes du Mercantour j'en connais, et beaucoup. Rappelez vous la chanson sur l'invasion de Paris par Serge Reggiani. Les loups dont il parlait portaient l'uniforme et des fusils. Ils n'aimaient ni les gens ni la démocratie. Les fusillés du Mont Valérien en savent quelque chose. S'il nous faut craindre la sauvagerie c'est que cette sorte de loup ait des adeptes parmi nous. En cherchant bien ils seront faciles à reconnaître, beaucoup moins à éradiquer.

                    Quant-aux bestioles du Mercantour par pitié laissez les! Sans doute faudrait-il contenir la croissance des meutes comme celle de n'importe quelle espèce. Et alors! Nul ne recense les dégâts des chevreuils introduits sans autre nécessité que le plaisir de les chasser sur nos forêts, le ratissage des sols par des sangliers croisés de cochon en surnombre n'émeut plus personne, à peine si on se préoccupe de la dégénérescence des populations d'animaux alpestres, bouquetins, chamois ou chèvres sauvages qui peinent à se nourrir sur des espaces de plus en plus restreints par l'homme. Quatre cents loups ce n'est pas vraiment une affaire quand les bergers sont indemnisés.

                   Lundi, il y a quelques jours, une horde de sangliers se baladait sur l'autoroute au dessus de Monaco. Il a fallu arrêter la circulation de dizaines de milliers d'automobilistes pendant plusieurs heures. Nul n'en a calculé le coût en temps de travail perdu ou en essence gaspillée. Parions qu'il y aurait là de quoi indemniser un bon nombre de moutons égorgés.

                       On ne va pas en faire une histoire, quoi! Il n'y a qu'à expliquer aux sangliers que ce n'est pas bien de monter sur l'autoroute en bande organisée... C'était juste de quoi jaser.