Ténèbres

              " Un mal qui répand la terreur, Mal que le Ciel en sa fureur, Inventa pour punir les crimes de la terre..."

                         Les ténèbres se  sont abattues sur nos villes. Comme un brouillard qui pénètre le moindre interstice elles ont envahi nos terres et nos maisons. Dans la nation nul se saurait se soustraire à l'ombre. Deuil, rage, impuissance, les cœurs sont aveugles. Au pays des lumières la peste brune entrave la raison. La barbarie rode dans les rues, la maladie la suit. On dit que l'usage exclusif du féminin pluriel pour les ténèbres aurait pour origine le passage obscur du premier cercle des enfers, Le Styx et l'Achéron et la crainte qu'ils inspirent.

                            La Fontaine en accusait le ciel mais on voit que les hommes sont d'abord la cause des maux qui nous assaillent. Les drames à l'Est de l'europe ont engendré la barbarie monstrueuse de l'assassin d'un prof, sauvagerie permise voire encouragée par l'indulgence et le laxisme naïf  de notre accueil. Sans cette indulgence rien ne serait possible, il faudrait enfin en retenir la leçon. Que chaque voix qui porte le dise clairement, que ceux qui professent la bienveillance reconnaissent leurs erreurs. Est-ce trop demander de brandir le glaive de la loi lorsqu'elle est juste ? Nulle oppression ne justifie le massacre des innocents.

                          Le trouble accompagne les ténèbres. La république dispose des moyens suffisants pour conjurer le mal, encore faut-il qu'elle les déploie sans écouter ceux qui se précipitent pour proposer d'ôter aux citoyens encore un peu de liberté. Et encore un peu jusqu'à la dernière ? On sait où celà mène, l'obscurité conduit tout droit à l'obscurantisme. Si c'est ainsi l'assassin aura gagné son pacte avec le diable. D'états d'urgence en lois d'exception les responsables devraient y regarder à deux fois, on a déjà vécu la paranoïa au pouvoir et ses conséquences. Que les docteurs de la foi se rallient sans faille aux lois laïques de la nation est une sainte exigence. A défaut ils faudrait qu'ils s'exilent vers de meilleurs paradis.

                           Je doute qu'il en existe. D'ailleurs on sait que l'autre maladie, la Covid s'est partout répandue et qu'on ne sait pas  la conjurer. Il y a peu de jours un savant chercheur, un zoobiologiste, publia cette analyse que je livre ici. Les espèces animales possèdent sans doute un réservoir de plus d'un million de molécules dangereuses non identifiées dont la majorité peut être à l'origine de pandémies aussi graves que celle qui nous frappe. Le rapport de l'homme avec la nature et le règne animal tel qu'il est aujourd'hui rendent inéluctable l'émergence de maux encore plus graves à brève échéance. Le seul moyen d'y échapper consisterait contenir notre expansion, à sanctuariser les espèces et les territoires sauvages dont la terre et les hommes ont besoin pour continuer à exister.

                            Il en est encore temps, en serions nous capables ? Le combat contre la barbarie ressemble furieusement à celui de la survie. A défaut de les mener de front on voguera bientôt tous ensemble sur le Styx ou l'Achéron. Tenebrae disaient les latins !