Immortel

                  En ces temps de contagions funestes beaucoup parmi nous souhaiteraient être immortels...Je leur propose de méditer ce conte. Alors qu'il approchait sa patrie Ulysse fut enlevé par Calypso qui le retint durant sept ans dans une grotte. Sommée par l'Olympe de relâcher cet homme, la nymphe amoureuse lui proposa de devenir immortel à l'égal d'un dieu afin de rester avec elle. Usant de la sagacité bien connue de son caractère Ulysse refusa, préférant reprendre sa course et assumer son sort de simple mortel. Il avait bien raison puisqu'à la fin des temps il rejoignit Pénélope à Ithaque son paradis marin.

                 Selon Homère le sort des hommes ne serait donc pas si détestable que l'on ne puisse quitter le théâtre de la vie lorsqu'elle fut bien remplie d'aventures. Sans doute, l'épidémie nous le rappelle, n'est-il pas donné à chacun d'entre nous de choisir le moment, la manière, le lieu, de quitter la scène. Lorsque l'heure est venue, avoir la chance de disposer de libre arbitre et de maîtriser son sort devrait être le privilège de tout homme. C'est en ce sens que les dictatures qui privent les individus de la liberté de choisir leur destin nous ôtent la dignité essentielle de ce qui nous fait hommes. Hélas ! On voit fleurir sur tous les continents des prétentieux qui affirment savoir et décider seuls au nom de tous.

             Le culte de la personnalité prospère en Chine et en orient tandis que la mode de l'homme providentiel fleurit sur la  décadence des démocraties occidentales. Rassurons nous. Les tyrans ne sont que des hommes, de simples mortels qui finiront leurs parcours par des discours incohérents tels ceux des cadavres soutenus entre deux collaborateurs qu'on affiche à la honte des peuples dans ces régimes en guerre contre l'humanité. On nous a montré encore et toujours dans les gazettes le spectacle de ce que nous ne voulons en aucun cas devenir avant de dire adieu.

                 Parcequ'on aura beau chercher les palliatifs, les chemins scondaires et les voies de desserte sans oublier les échappatoires, un jour ou l'autre il faudra affronter la Camarde. Pas d'autre issue que de la regarder en face, dans les yeux. L'ignorance n'est sans doute pas le meilleur moyen de chasser l'angoisse. L'avenir appartient à ceux qui nous succèdent, la bonne idée réconfortante d'Homère c'est que c'est bien ainsi. En ce sens sa philosophie est mille fois supérieure à celle des docteurs Knock qui caressent l'espoir de nous mettre tous au lit à leur grand profit. 

                  Chassons la morosité, halte aux lamentations. Après tout l'Europe a survécu aux pestes du 16ème et la Méditerranée au choléra du siècle avant-dernier. Bien entendu il ne faudrait pas que l'économie mondialisée diminue nos performances au point  de créer des désordres bien pires que la peste et le choléra. De Charybde en Scylla, une des menaces que le rusé Ulysse surmonta en passant au large, la crise actuelle nous montre que les temps modernes sont redoutables de fragilité. Les épidémies nul n'en connaît la fin et aucun dictateur quoi qu'ils en disent.

                    Aussi préparons nous au pire comme au meilleur des mortels. Avec le poète chantons :"Elle et retrouvée, quoi? L'éternité. C'est la mer allée avec le soleil".

Et mille pardons pour le côté moraliste de cette chronique.