L'erreur. Comédie en quatre actes.                                                                                                                                                         (suite à lire en ebook)    

 Action. On peut la situer dans les années quatre vingt, Les promesses du siècle ont épuisé la planète qui en arbore les stigmates. On attend du neuf. Nous sommes sur  la Côte d’Azur. Un orage de type méditerranéen très impressionnant ponctue les échanges. Le rideau s’ouvre sur le salon moderne, confortable mais ordinaire, d’une villa urbaine. La table est dressée pour cinq personnes. La radio diffuse un air à la mode. De temps en temps le coup de tonnerre de l’orage qui s’annonce couvre le son.

 ACTE PREMIER     Scène 1

 Pierre, Françoise puis Cap. Le rideau se lève sur Pierre assis à table. Songeur, il déguste un apéritif. Entre Françoise qui découvre les lieux. Préoccupée, elle fait de loin un petit signe de reconnaissance à Pierre et continue son examen de la salle à manger. On entend le bruit lointain du tonnerre.

 Pierre (ironique.) Salut Françoise. Tu reconnais le terrain ? Toujours sur le qui-vive ?

 Françoise. Salut. Je m’attendais à te voir ici.

 Pierre. Aussi belle que chic. Tu n’as pas changé.

 Françoise. Toi non plus. Tu n’as pas pris une ride.

 Pierre. Alors, qu’en penses- tu ?

 Françoise.  De quoi? La maison ou l’invitation ?

 Pierre. De la maison. Pour l’invitation on verra plus tard.

 Françoise. Je vois qu’il y a cinq couverts, nous serons donc cinq à table.

 Pierre. Belle perspicacité.

 Françoise. Tu connais les autres ?

 Pierre. Non, notre hôte mis à part. Cap ne m’a rien dit. En plus du secret, il a le mauvais goût de mettre des serviettes rouges sur sa table. Il n’y a qu’en Asie que le rouge porte bonheur. Chez nous on pense plutôt à la corrida...je suis quand même content de te revoir après tant d’années. Surpris, mais content. La maison te plaît ?

 Françoise. Rien d’exceptionnel. Bien, mais classique, je me sens à l’aise dans son salon. Pas de meubles de prix ni de déco raffinée. Sa maison ressemble à Cap, le plaisir avec modération et toute sa vie consacrée au travail. C’est tout lui de cultiver la discrétion comme un art de vivre. Après dix ans de silence son invitation m’a semblée bizarre. J’ai d’abord refusé de venir... 

 Pierre... et comme moi, tu as finalement accepté quand il t’a promis une révélation sur les évènements qui ont précédé la mort de Jonas. Son ton mystérieux m’a intrigué. On peut s’attendre à voir arriver des têtes connues pour dîner.

 Françoise. Tu as toujours ton restaurant ? Comment t’es tu libéré ?

 Pierre. J’ai fermé une semaine pour travaux. J’avais besoin de repos. Josiane vient de me quitter pour aller vivre en Camargue avec un restaurateur plus huppé que moi. Elle c’est de changement qu’elle avait besoin : manade de taureaux, chevaux sauvages, petits-déjeuners au lever de soleil sur la lagune, soirées accompagnées de guitares au coin d’un feu de bois, tout ce qui convient aux touristes fortunés...comme elle a eu raison de jouer la fille de l’air.                                                                                                 Tu ne connais pas Josiane ? Nous vivions ensemble depuis trois ans, la pauvre petite s’ennuyait dans ma salle à manger peuplée de clients guindés. Je suis envahi de cadres tout droit venus de Valbonne, notre capitale numérique. Les directeurs de recherche disputent les tables aux suites colorées des nababs ancrés à Antibes. Tous font croisière dans mes salons.

 Françoise. Je comprends pourquoi je t’ai trouvé seul de si bonne heure à siroter ton whisky. Tu n’as pas l’air trop peiné. J’ai entendu dire que tu emploies beaucoup de femmes ? Tu te consoleras avec une chef de rang où ta future “maîtresse d’hôtel”.

 Pierre. Nous sommes en pourparlers.

On entend un coup de tonnerre qui les fait se tourner vers l’entrée ouverte.  

 Françoise. Mazette. C’est le déluge. La pluie recommençait quand j’ai traversé le jardin. Il paraît que la route de Saint Pancrace est fermée par des arbres abattus, il y aurait eu un éboulement à Gairaut...Donc ton restaurant attire du beau monde.

 Entre Cap. Il tient une bouteille de vin à demi ouverte à la main, le tire-bouchon dépasse du goulot. Il a une serviette pliée sur le bras et finit de triturer le bouchon en parlant.